mardi 11 mars 2008

Les trois céciles

Parce qu'à la fin j'aurais compris qu'il faut écarter avec les doigts les mailles du grillage, même si ça saigne, même si ça pique, même si ça coule. Je pendrai mes jambes à ton cou et prendrai tes ongles dans ma bouche.

J'ai rêvé de toi aujourd'hui vieille mémé, ton chignon défait et tes yeux ternes aux paupières tombantes. J'ai rêvé de toi, prisonnière de ton poulailler.

Parce qu'à la fin j'aurais compris qu'un jour tombera en poussière le grillage à poules. Il y a très longtemps, je me suis cachée dans le tas de charbon.

J'ai rêvé de toi aujourd'hui vieille mémé, ton tablier bleu passé et ta jambe à la cicatrice béante. J'ai rêvé de ce jour, je n'étais pas née, où tu as construit une cachette sous le tas de charbon.

Parce qu'à la fin j'aurais compris que les vies tournent en boucle et qu'une cécile peut en cacher deux autres. J'aurais connu trois générations avant moi.

J'ai rêvé de toi aujourd'hui vieille mémé. Ta fille va bien. Ton arrière-petite fille aussi.
J'ai pris la pelle et j'ai ouvert le coffre plein de graines. J'ai nourri tes poules.

Dans le grillage, j'ai vu une fente. De la taille d'une petite femme voutée.