mercredi 31 décembre 2008

J-2 avant l'au-revoir

Je ne savais pas pas j'allais encore réussir à écrire après sa mort. Parfois, on se créée des blocages. J'avais toujours pensé que c'était un peu vain, le blocage, pour se faire plaindre, tout ça. Puis je me suis rendue compte qu'en fait, certaines choses sont impossibles après des évènements tragiques. Quand R. m'a quittée, j'ai dû partir de mon appartement, d'une vie que j'avais commencé à peine de construire, d'un rêve qui, à bien y regarder de plus près, me semble aujourd'hui bien terne et vide de sens.
Je n'ai fait que vomir pendant presque deux mois et demi.
Maintenant que pépé nous a quitté, j'inspire avec difficulté et écrire m'est un terrible effort. Comment pouvoir parler d'autre chose? Et je ne veux pas tant parler de lui. Il est à moi, à ce que j'ai vécu avec lui, au souvenir de ses empreintes dans sa maison et dans mon cœur. Je n'ai envie que d'écrire et je ne peux pas.

Peut-être que dans deux jours, tout ça sera revenu, une fois qu'il sera en terre.
Mais qu'en sais-je?
J'appréhende ce moment et ceux qui suivront.
Parce que, je n'y croyais pas, mais c'est pourtant vrai qu'une part de sa vie s'éloigne à la mort d'un que l'on aime depuis toujours.

jeudi 25 décembre 2008

J'ai fumé tes cigarettes



Tu veux savoir?

Elles sont infectes tes clopes.
20 par jour?! Tu rigoles?

Et ben mon vieux...


Nous avons mangé malgré tout, malgré toi et le vide, l'absence de tes clopes dont l'odeur s'incuste au plus profond de nos vêtements.

Monsieur M.? C'est l'aumonier...

Un signe de croix et... rideau.

Salut mon vieux. Je t'ai touché, ta vieille peau, tendue par l'oedème. Je t'ai parlé, je t'ai lu ta lettre, tu partiras avec. Je suis contente. Nous avons parlé de toi, nous avons ri. Tu n'étais plus là. Et pourtant ce ne fut pas un Noël triste pour moi. A dire vrai, j'ai bien reconnu ta malice. Partir un jour pareil, c'est vraiment pour qu'on t'oublie pas.

Vieille bourrique!

Oui oh ben ça j'en ai rien à foutre!!

Je sais bien pépé, je sais.


Ah et une dernière chose quand même...

Hein?!

Malgré les jours passés à l'hopital, tu veux savoir?

Quoi?!

Tes cheveux. Ils sentaient toi.

Ah oui! l'eau de lavande?

Oui. Fragonard.

Et après?

Après rien. On ouvert la cartouche de cigarettes, on en a tous pris un paquet. J'ai ouvert le mien et je t'ai fait venir quelques instants.

Mais merde pépé,ces clopes sont infectes...

Ahahahahaha!!

Une chance que la date soit facile à retenir. Je fumerai une autre gauloise brune avec toi l'année prochaine.


Je t'aime.

Ma.

lundi 22 décembre 2008

Crois-tu que Christophe aurait trouvé les Indes sans colon?





Tu y comprends quelque chose toi?

Mais c’est dégueulasse !!

Pourquoi nous as-tu dit au revoir, alors que nous ne savions pas que tu nous faisais tes adieux ? Ça fait une semaine tout juste que je t’ai vu. Et, certes je t’avais connu une meilleure mine, un regard moins absent, mais bon merde ! Qu’est-ce que c’est que ça ?!

Ils sont tous allés à Mondor. Et je n’y étais pas. Comme je regrette, est-ce que tu peux comprendre ça ? Ne t’en vas pas avant que moi, je t’ai dit au revoir ! Avant que je t’ai lu ta lettre, avant que je t’ai présenté un fiancé valable, avant de t’avoir collé dans les bras ton arrière petit truc… Bref, ne pars pas.

J’y vois plus rien, tu comprends ça, j’ai ton odeur dans le nez et elle est salée, si salée, je confonds, ce sont mes larmes, où es-tu ? Je sais qu’on ne décide rien, ni les uns ni les autres, mais que veux-tu, dans deux jours c’est Noël et si tu pouvais me faire un cadeau… Et Dieu sait que j’y crois pas et que ce soir, j’ai plus envie de croire en rien, tant je suis envahie par tes éternuements, tes clopes, tes chemises à carreaux de bûcheron, tes « Hein ?! » de sourdingue, ton tapis de jardin et ton relax, ta façon douteuse de conduire les Peugeot, les « ma puce » que tu lances à mémé.

J’entends plus rien, j’essaie d’imaginer le respirateur et de souffler avec lui tout l’oxygène dont tu pourrais avoir besoin, je n’étais pas là, tu comprends ça ? Attends, laisse-moi te lire la lettre que je t’ai écrite, laisse moi tenir ta main, laisse-moi caresser ton crâne, laisse-moi faire du toboggan sur ton ventre, je ne t’ai pas tout dit. Dans les yeux, en jeune marié, je t’ai regardé tout à l’heure et Toi seul sais ce que je lui ai dit. Tu m’as raconté tant de choses, j’ai oublié, je ne sais pas si ça va me revenir un jour, tu ne voudrais pas enlever tes tuyaux et marcher avec moi, si j’étais un garçon, j’irai pisser avec toi dans le trou à fumier, mon pauvre vieux j’embrasse tes reins qui ne fonctionnent plus, je te donne les miens, les deux, parce que j’en ai pas trois. Je ne suis pas un garçon, je suis ta petite fille, et je ne veux pas que tu partes, je ne suis pas forte, non non non, je suis malheureuse parce que j’ai compris. Et j’y comprends rien. Ma mémé sans toi… Et je suis sûre que tu le sais quelque part. Et que tu n’as plus de forces. Et je ne peux pas te donner les miennes, merde on a que cinquante ans d’écart, c’est pas juste. Viens perdre à la belote contre moi, je te mettrai une déculottée, mais pas très forte, promis, je veux même tricher pour te laisser gagner, viens encore me donner le goût des salades et des endives. Que va devenir ton jardin sans toi ? Je ne veux pas être orpheline de toi, tu ferais la première veuve de la famille, allons pépé, c’est pas sérieux tout ça… Je vais te raconter la fois où vous avez bouffé du serpent en Algérie… c’était fade, tu te souviens, je vais te raconter comment papa criait à la maternité, je vais te raconter Gaby qui est tombée dans les rosiers, je vais te raconter ma chute dans les escaliers, je vais te raconter la boite de Tic-Tac toute neuve, je vais te raconter ma première cigarette. A toi. Et à personne d’autre, j’ai douze ans et tu me rassures en me disant que « Bah on sait jamais, peut-être que ton père, y te laissera en griller une le dimanche… » . Mon vieux, tu m’as appris mon premier geste honnête, je fume et alors !! Et toi et moi on fume trop…

En trois jours j’en ai appris des mots avec toi, anévrysme, dialyse, etc… En trois jours, j’en ai appris des maux sans toi. Parce que je n’étais pas là. Parce que je serais capable de rire avec toi peut-être on sait jamais, parce que je veux que tu plisses encore les yeux pour moi. Parce que je ne crois pas au Paradis et qu’en réalité tu pars, mais ne vas nulle part. Et que tu vas seul. Et que j’ai du mal à te savoir seul. Ça me fait trop de peine de te savoir seul nulle part.

Ne t’en sors pas, je t’en supplie, ne reviens pas plein de fils et de poches, je sais trop bien ce que tu ferais. Ne t’en sors pas. Ne pars pas. Ne me quitte pas, toi qui ne me quitteras jamais. Je te dis de ne pas t’en aller…

Non !!

Bon ben si tu veux…

dimanche 21 décembre 2008

C'est le père de mon père... c'est mon grand-père.

Mon très cher ...

Je me rends compte que c'est bien la première fois que je t'écris. J'ai eu papa au téléphone tout à l'heure et il m'a fait part de ta décision concernant le repas de Noël. Rassure-toi, je ne t'écris pas pour te convaincre de venir. Mais parce que nous risquons peut-être de ne pas nous voir, j'avais envie de te faire un petit signe. Il faut quand même que je t'avoue qu'après ce coup de téléphone, je me suis sentie triste et inquiète; j'imagine ton inquiétude et celle de M... et je regrette de ne savoir quoi faire pour vous soulager mieux. Au moins vous faire penser à autre chose. C'est étrange mais je n'y parviens pas.
Je dis juste que c'est pas ce connard de cardiologue qui va avoir raison! Je veux que tout se passe bien et j'en suis sûre. Ne t'inquiète pas. Et si tu t'inquiètes, regarde la photo que je t'envoie et dis-toi que, pour moi, cette main alanguie sur la toile rayée est la tienne. Que c'est une après-midi ensoleillée d'automne, un peu frisquette mais si agréable malgré tout...
Que dans quelques instants, à peine le temps d'une de tes petites toux, je poserai ma main sur la tienne. Une frange, une coupe au carré, un serre-tête, une robe en laine, j'ai 5 ans, et je suis tellement petite devant toi. Je brandis le ballon en mousse et c'est parti pour un foot!
J'ai du mal à dire comme je t'aime et combien j'ai hâte de faire le tour de ton ventre avec mes bras, de jouer à la belote et de laisser un peu de temps entre le temps, dans le bleu de nos cigarettes et au bout des franges du balai que tu passes dans la cuisine le matin.
Je saute sur tes genoux-moto, je bondis à 3 ans dans ton lit, prête à faire un chantier du tonnerre de Dieu, et en attendant de t'envoyer le ballon en mousse, je t'envoie tout mon amour.

Ta petite fille.

Je t'ai écrit cette lettre hier matin.
Tu avais dit à mon père que "ça y est, j'ai dit au revoir, maintenant".

Ton anévrisme s'est fissuré, on t'a opéré cette nuit.
J'ai regardé "La Vie est belle" de Capra et tu es en train de te réveiller.
Je te verrai demain.
Je te jure que si tu meurs, je te tue!

lundi 15 décembre 2008

Final Cut

Je voudrais te dire que d'un coup oui, je me sens mieux. Que je me sens soulagée. Que ma poitrine me parait moins oppressée. Que j'ai l'impression qu'un voile s'est levé sur mon regard et que je trouve tout vachement chouette.
Mais rien n'est plus loin de cette image d'Épinal que ce qui me serre les tripes au moment où je te parle. Et tu sais que c'est pas mon genre de la ramener avec mes bobos et mes hoquets de désappointement.
Pourtant, j'aimerais bien aujourd'hui que tu me mettes la main sur l'épaule et me tendes une cigarette. Parce que c'est pas parce que je te quitte que je ne t'aime plus. Parce que j'ai aucune fierté. Ce serait plutôt l'inverse même. J'ai eu du mal à me dire que j'avais pas les reins assez solides, ni les épaules assez larges pour ce que tu me demandais. J'aurais préféré être à la hauteur. Je prends conscience de ce dont je suis capable, et crois-moi, c'est pas toujours simple à avaler comme pilule, on n'y peut rien, c'est comme ça, c'est se rendre compte de ce qu'on a dans le ventre et de ce que l'on a pas encore qui nous fait grincer des dents pendant notre sommeil et je vais pas te raconter de salades. Je suis pas de cette race de filles qui sont prêtes à se ronger les sangs pour une telle histoire, je n'ai pas cette capacité d'abandon total.
Je me dépouille de cette fierté et je suis navrée de constater qu'il n'y a plus rien qui me retienne auprès de toi. Que ça me fait plus mal qu'autre chose. Et que j'ai passé l'âge.



Je trouve ça con. Mais j'ai pas mieux.
On veut toujours croire que l'on porte en soi quelque chose d'héroïque. Quelque chose de pas complètement naze.

Philippe Djian, Sainte-Bob

lundi 8 décembre 2008

A moitié plein de têtards... Dialogue In



Comment expliquer que parfois l'on écrit, parfois non. Parfois on est plein, et aucun son ne sort. Aucun mot. On se sent également vidé de toute substance et alors, on parle, on remplit et vide ses poumons d'air qui éclate en bulles sonores, en variations, en graves. Bref.

Pourquoi toujours tout expliquer?
Et pourquoi pas?

Te revoilà? Tu m'as manquée.
J'étais en voyage.
Ah...
J'avais besoin de sortir et de rentrer en même temps.
J'ai bu beaucoup de rhum arrangé.
Les grains de fruit de la passion.
Et puis d'un coup, il faisait froid.
Six semaines.
A se geler.
A ne plus se sentir.
Les grains donc. Dans la bouteille, on aurait dit des têtards.
Tu as dit ce que tu vaux.
Comment ça se dit un lapsus d'écriture?
J'ai voulu écrire "ce que tu veux"...
Oui
Donc, des têtards...
J'ai froid j'ai mal j'ai faim je veux plonger dans le rhum arrangé
?!
Si je pouvais tu sais, je m'arroserais avec
Les têtards
C'est ça
Et un garçon danserait sur moi, ferait du patin à glace sur mon ventre orangé
Sur ton ventre arrangé.
C'est ça
Oui
Tout ça ne me dit pas du coup
Quoi?
Ce que viennent faire les têtards dans l'affaire
T'inquiète. Moi...
Tu sais.
C'est ça.

En plein vent

J'avais commencé à repenser à cette note perdue. Puis d'autres sont remontées à la surface de ma mémoire.

Je me suis souvenue que si je devais un jour écrire un livre, j'utiliserais certaines phrases plutôt que d'autres.

Avant que je parte, il était ici question de mauvaise blague, de cheval à bascule, de voyages. Entre autres.

De quoi est-il vraiment question ici?

De quoi sont donc faits nos espaces respectifs? Qu'est-ce qui les rend si importants à nos yeux?

Les vôtres, peut-être...

Voire.

Ce qui les rend précieux. Uniques.

C'est la capacité à s'humaniser. A se réhumaniser, plutôt. Trouver un temps, se le choisir. Une position. Un environnement. Etre seul face à un écran, le sien dans la pénombre d'une pièce privée. Noyé au milieux de dizaines de machines squattées par les joueurs du cyber café du coin. En wifi. En musique. En solo.

Peu importe.

A part bien sûr, cette capacité à s'extraire du temps et de l'espace quotidiens, d'ouvrir cette minuscule parenthèse, aussi fine que du papier à cigarettes et d'écrire. Et décrire.

L'amour, le coït, le travail, les enfants, les errances de l'âme, les souffrances du corps, les inquiétudes, les futilités, les bassesses et la grandeur.

Toutes ces choses, infimes, intimes. Qu'il est impossible de partager avec quiconque. Qu'on a même plus le temps de regarder, de reconnaître.

Ici. L'espace de l'intime. Le radeau.

Maintenant. Comme naufragé en plein vent.

J'hésite encore pour l'instant.

jeudi 4 décembre 2008

In fusion

Cela fait maintenant plus de 15 jours. Presque 3 semaines. Plus même. Mais le temps est sans importance. Pour réussir des cannelés, les gars, c'est plus de 24 heures de préparation, vous saviez ça? Pour un tout petit gâteau de rien du tout, il faut laisser infuser la vanille 10 heures dans du lait. Il faut laisser reposer environ le même nombre d'heures. Et seulement après ce long entracte, on peut passer aux choses sérieuses. Beurrer le moule. Avec les doigts, j'ai toujours préféré. Puis passer au four. Je suis restée devant ce four pendant tout le temps qu'a duré la cuisson. Je surveillais avec mes yeux, je mesurais la température à l'aune de mon odorat, trempais la pointe de mon couteau et d'un coup de langue, appréciais l'avancée de la cuisson de mes gâteaux.
Il faut du temps pour réaliser un bon gâteau. Il faut s'asseoir, il faut prendre les ingrédients avec les mains, il faut les remuer avec énergie si on veut qu'ils se mêlent harmonieusement, il faut avoir le temps.
Il a fallu fendiller les deux gousses de vanille sur leur longueur avec la pointe d'un couteau, elles ont libéré un souffle sucré que j'ai été incapable d'ignorer. J'ai entendu ce bruit de bulles très caractéristique du lait en train de bouillir, j'y ai plongé la vanille avant d'éteindre la plaque. Les deux bouchons de rhum que j'ai versé dans ce mélange ont aromatisé la cuillère que je n'ai pas oublié de lécher. Le lendemain, j'ai cassé plusieurs œufs, en ai séparé quelques uns (pas suffisamment), ajouté du sucre, le reste de la recette, je l'ai oublié.

... Il faut du temps. Il faut avoir le temps. Pour faire un gâteau. Pour le manger.
Pour tout le reste.
Je n'ai pas le temps.
Je vais le prendre.

mercredi 3 décembre 2008

Ich liebe dich Lili Marlen





Si je tourne un peu la tête, par le velux, je vois la peinture qui s'effrite, ce nom qui s'étiole.

Confluence: action de se rencontrer, de se rejoindre.

Mouais. On dira ce qu'on voudra mais, il semblerait que ce qui est fait peut être défait. Sans grande difficulté en plus. Et si j'aime la peinture écaillée sur les volets, les murs qui s'effritent me font mal au cœur. Pourtant, si je tourne un peu la tête, regardant ce nom qui s'étiole, je ne peux m'empêcher de penser à cet autre mur, dont la chute aura changé les choses pour tout un tas de gens, pour tout un tas de vies. Parfois, un mur qui s'effrite, c'est une frontière humaine qui craque, des défenses qui sautent et le flot. La vague d'humains qui se bousculent, fait craquer les digues du mur abattu, et se déverse dans l'espace encore vierge de ses pas, embrasse d'un seul mouvement houleux et régulier les corps qu'il y a encore quelques minutes, on ne faisait qu' espérer. Des murs qu'on met à terre jaillissent des corps qui se redressent et se rejoignent. Deux rivières qui se mèlent. Confluences...
Je me souviens avoir un joué à un jeu avec un que j'aimais très fort, c'était un jeu de questions, il fallait se balader dans une forêt, entrer dans une cabane, et franchir un mur... Je me souviens avoir répondu que je grimpais dessus et y restais longtemps, longtemps, je laissais mes pieds pendre dans le vide en regardant le paysage, je fumais une cigarette...
Ce n'était qu'un jeu mais je me souviens qu'il m'a dit: "le mur c'est ta représentation d'un problème et ta manière de le résoudre'".

J'ai rêve cette nuit que je taguais sur ce mur.
J'y laissais mon empreinte avant de passer à autre chose.