vendredi 28 novembre 2008

Un mot

Je propose que nous nous arrêtions en ville pour boucler nos valises. Nous pourrions filer tout de suite, ou nous donner le temps de régler certains détails... Vous me prennez un peu de court, je n'ai donc rien de très précis en tête... Savez-vous que nous venons d'effectuer une descente à faire pâlir de vrais professionnels...? Mais d'où sortez-vous nom d'un chien...?! (J'ai levé les yeux une seconde pour voir si elle n'allait pas nous précipiter dans les écueils. J'ai suivi du regard un vol de colverts qui remontait la Sainte-Bob et s'élevait en bifurquant vers les terres. Comme elle avait le dos tourné, j'ai avancé la main en direction de ses cheveux, mais je n'avais pas le bras assez long, c'était juste pour m'amuser.) Vous savez pourquoi j'ai voulu partir sans vous? C'est parce que je fais tout de travers. Je mériterais d'être pendu à cette corde que j'ai autour du cou. A moins que je ne trouve une autre façon de m'en servir. D'ailleurs, il me vient une idée à ce propos, mais il est encore trop tôt pour en parler.
P.-S. : Ne me dites rien. Nous sommes bientôt arrivés.*
*Philippe Djian, Assassins

mardi 25 novembre 2008

Dis...





Elle avait amorcé un virage dangereux, elle découpait sa petite forme frêle et dansante sur le ciel gris. Elle remontait lentement puis retombait avec légèreté. On ne voyait qu'elle, sa petite forme blanche aux bords incertains, comme le voile d'une jeune robe qui tourne et se soulève. Sur le ciel gris. D'un coup, sortant subitement de votre champ de vision, votre cœur se serre un peu, et vous restez perdu, le nez en l'air, autant chercher un flocon dans une avalanche. Puis, vous la retrouvez et votre danse avec elle peut reprendre, votre respiration est plus profonde. Vous espérez que sa douceur vous caresse. Vous tendez vos mains et les fermez sur le ciel gris. Elle virevolte sans cesse, passant d'un courant à un autre, échappant à votre main, vous mettant au supplice de jamais la toucher. Un mouvement de votre part, et elle s'élève au dessus de votre tête, tourne autour de vos épaules et vous rend fou.

D'un haussement de sourcils, vous avisez le feu passé au vert. Vos pensées reprennent leur cours et vous traversez la chaussée d'un pas léger. Après tout cette parenthèse dans votre journée, n'était bien qu'une parenthèse, un peu de temps entre le temps.
Ce soir quand vous poserez votre manteau, il se pourrait que dans une de vos poches, vous extrayiez cette petite plume blanche, à peine un duvet. Et que d'un souffle, vous recréiez du temps entre le temps.

Rien de bien méchant...

Il envoie parfois des jeux par-ci, par là... Me demande de jouer. Parfois. Des devinettes, nénette, c'est pas bien compliqué. Et ça permet parfois de mettre des images de vie sur des pages noires. De se rendre plus tangible. Aussi.


Quelle est la première image qui se présente à vous quand on vous parle de votre enfance ?

Il y a tout d'abord ces longues promenades enfantines sur les joues de ma mère, duveteuses et chaudes... Quand elle était plus jeune, poudre Chanel et le parfum Canoë. Le savon à raser de mon père et l'after-shave Tabac. Les premières odeurs de ma vie.

Le couloir qui me menait en vacances à La Ciotat, et la brise qui distillait ses fragrances d'eau salée, de sable et de lauriers roses. Le pli de mon coude odeur de soleil et d'Hawaian Tropic...

La mort frappe à la porte. Que choisissez-vous d’emporter dans l’autre monde ?

Je l'ignore. Peut-être penserai-je "déjà?, je ne suis pas prête. On n'est jamais prêt pour ce genre de rencontre, ne peux-tu pas revenir un autre jour, vois, j'allais faire du thé, il fume encore, tant qu'il fume, ne viens pas, ou alors laisse-moi achever avant de m'embrasser, on n'en a jamais vraiment fini c'est vrai, mais..."
Je penserai ...

Livres que vous avez toujours désiré lire, sans avoir jamais trouvé le temps de le faire ?

J'ai toujours le temps pour lire. Je ferai tout pour l'avoir toujours. Les livres en revanche que j'ai essayé de lire comme un qui n'a jamais grimpé et qui s'attaque à la face nord du Mont-Blanc. Qui renonce. Hélas. Sont trop nombreux.

Vous croisez George Clooney dans l’ascenseur. “Quel genre de femme êtes-vous”, vous demande-t-il.

Une qui va bien. Merci. Et vous?

Si vous en aviez eu le choix, auriez-vous préféré être un roi ou une reine ?

Un reine qui ne serait pas intimidée, n'aurait pas la crainte du vide, se remplissant elle-même de sa propre substance. Elle serait un mélange des deux Marylin, aussi attachante que le Docteur Jerry mais aussi creuse que Mister Love. Une sorte de Jessica Rabbit marchant, haut perchée et ne comprenant pas tout du monde qui l'entoure, et j'allais dire tant pis, elle n'est pas faite pour ça.

Préférez-vous nager dans une rivière ou dans la mer ?

Les deux mon capitaine! Les rivières sont froides et pleines de bulles. C'est un délicieux frisson. Il faut nager pour se dégager de l'étreinte du froid. La mer, c'est... Autre chose. Un balancement. Une berceuse. Je ne nage pas dans la mer. Je plonge chercher des oursins. Je vais au fond, pour voir si je peux ramener du sable dans ma main.

Que devrions-nous faire en priorité pour la planète ?

La réponse de mon prédécesseur me glace.

Et qu’aimeriez-vous que l’humanité fasse pour vous ?

Que peut-on? En réalité, savons-nous faire quoi que ce soit?

Votre petit-déjeuner habituel ?

Très long. Je lis le temps que la cafetière fasse bloup-bloup. Je reste près de la plaque, souvent je suis pieds nus, enroulée dans une couverture, un livre à la main, pendant que grillent les tartines, une cigarette dans la bouche.

Aimez-vous écrire la nuit ?

Oui. La nuit offre à l'écriture une sorte de suspension du temps et de l'espace. Plus rien n'existe que l'instant d'écrire. La lumière n'est pas la même. J'écris dehors les nuits de printemps et d'été. L'hiver me plonge dans le sommeil.

La dernière fois que vous étiez ivre ?

...

Pensez-vous que de grandes œuvres comme “Hamlet” ou “Don Quichotte” sont encore à venir ?

Il y en a plein. De grandes œuvres et d'autres plus modestes qui font écho.

Le plus gros mensonge de votre vie ?

Que je ne mens jamais.

Que transportez-vous dans vos poches ?

Du tabac, des feuilles et mon briquet.

Un désir en particulier ?

Immédiat? Faire l'amour dans l'après-midi, reclus. Ailleurs.

Que diriez-vous d’un barbecue sympa avec Gustave Flaubert un de ces jours ?

C'est une plaisanterie?

Paysage préféré ?

Différent d'un instant à l'autre. La montagne. Le grand large. C'est différent.

Période de la journée que nous n’aimez pas ?
Quand je pars et quand je reviens.

Dernier mot que vous aimeriez prononcer avant de mourir (mieux vaut prévoir la chose pour le cas où rien de bon ne viendrait à l’esprit le moment venu) ?

Attends! Encore un peu...

Un boulot que vous n’auriez jamais pu faire ?

Hôtesse de l'air. Même si "toute ma vie, j'ai rêvé, d'avoir, d'avoir..."

Citation préférée que vous pourriez vous faire tatouer sur le bras ?

"Je sais bien que tout le monde fait ça mais c'est jamais marrant de faire comme tout le monde. Enfin moi, ça m'emmerde."

Quand il se met à pleuvoir, vous continuez de marcher au risque d’être trempé, ou vous vous abritez au risque de manquer votre rendez-vous ?

Sous mon parapluie jaune, je ne crains pas la pluie.

Si vous aviez la possibilité de voyager dans le passé, quel siècle aimeriez-vous visiter ?
Le vingtième siècle.

Vous arrive-t-il de manger du pop-corn au cinéma ?

Jamais de la vie ! (je plagie mais je n'ai pas mieux...)

Décrivez l’endroit où vous écrivez.

Si tu savais comme il fait froid dans mon bureau sous les toits...

jeudi 20 novembre 2008

Et sans cesse... écrire

Il faut écrire pour ne pas oublier. Fixer sur un négatif ce qu'il y a eu de positif. Imprimer dans les lignes, les virgules et les traits, ce qui un jour a existé. Et retrouver dans l'après, l'impression d'une réalité. La preuve.

"Il t'en faudra du temps pour te dire que tu ne t'es pas trompé"


Cette phrase, je l'avais oubliée.
Il faut inspirer profondément avant d'ouvrir les yeux à ce qui n'est pas encore.

Je crois que les correspondances physiques ne s'expliquent pas.
Je pense à sa façon qu'il avait de me glisser sa langue dans l'oreille, sur l'oeil, dans la bouche. Nous ne nous comprenions pas. Et pourtant mon corps.
Garde l'empreinte de son passage.
Les corps ont leur propre langage.
Une langue passée sur mon oeil.
Ma langue passée sur un torse. Laisse une trainée de poils sombres hérissés.
Le langage des corps, un battement sourd et nerveux. Tendu vers l'avant.
Il faut inspirer profondément avant d'ouvrir les yeux à ce qui n'est pas encore.

Le langage de la tête, en envolées et lignes de fuite. Nerveux aussi. Rejeté en arrière.
Il faut expirer profondément avant de fermer les yeux à ce qui a été.
Et sans cesse... écrire.

"Vous me rendez à moi-même, parce que vous ne vous laissez pas posséder".

J'écris en silence devant les arbres jaunes.

lundi 17 novembre 2008

Le serpent





Rampant sur le ventre, le cou contracté, les muscles tendus. Les genoux fléchis comme pour se relever. Le corps cassé, buste écrasé. Parfois l'amour se fait comme une guerre. La tête qui retombe en ballotant, droite-gauche-droite-gauche-droite, les yeux qui s'ouvrent ou se ferment selon l'instant, plongeant le grand corps blanc du lit dans un état stroboscopique. Les étincelles qui se substituent aux formes et aux couleurs. Rien que le halètement. Parfois, escalader un corps, l'horizontal d'un drap, se vit comme grimper à un arbre, bras et jambes entourant le tronc, les flancs griffés, brûlés de tant frotter. Respirant par la bouche, par le nez quand la bouche est prise, l'air passe mal. Ce manque d'air qu'on cherche à combler. Respirer de plus en plus fort. Mais pas de plus en plus profondément. Comme un fait exprès. Parfois, l'asphyxie se vit plutôt bien. Comme un manque d'air que seule la bouche de l'autre peut combler. Comme un bâillon de plaisir. La figure suspendue dans le vide, le plancher semble si loin. Le va-et-vient du sol dans les yeux. Une vague nausée qui passe. Parfois l'amour tangue comme un voilier par gros temps. De ceux où l'on reste tranquillement à quai. A l'abri. Un tambour dans la poitrine, l'envie de l'expulser, les abdominaux comme une ceinture, les veines du cou saillantes sous l'effort. Parfois l'amour est une compétition.

Rampant sur le ventre, le dos agité de soubresauts, les bras coulant comme deux serpents. S'enroulent autour du corps derrière soi. Le buste pivote. Les yeux se plantent dans le regard, le cou tordu, les cheveux dans la bouche, la colonne assouplie de l'effort. Échauffée. Un son rauque. Qui ne s'entend que rarement. S'échappe. Comme un délit réparateur. Les yeux s'ouvrent. Se ferment. Plus doucement. Le corps retombe dans son lit et retrouve le cours de sa respiration normale. Un écoulement.

Un bras sous le ventre.

Un bras sur l'autre. Corps.

mercredi 12 novembre 2008

Haïku

Na ga naku te subesube to suru hanmokku


N'ayant pas encore de nom
donc
ce hamac est lisse et glissant


Niji FUYUNO

Métro, ligne, station

Il revient ce poinçon au cœur de la fille.

Métro ligne 5 station Jaurès.

Ça sonne bien ça. Un nom qui se pose là. Et alors que j'imagine son appartement, vieilli, sans télévision et garni de plantes, je veux descendre de la rame et sucer, juste pour moi, encore un peu, cette pastille amère de sa sueur.

Alors que j'avais voulu rejoindre la place du grand homme à pied, je me retrouve, Pinocchio de ma frustration, à Pantin. Cette blague.

Bon, métro alors.

Je lève les yeux après le tube noir.

Métro ligne 5 station Jaurès.

Putain.

lundi 10 novembre 2008

J'ai imaginé la fin du conte

J'avais oublié ce passage du conte de Blanche-Neige. A la fin, la sorcière meurt avec aux pieds des souliers rougis au feu. Les pattes folles s'agitent et dansent. Saint Guy est appelé pour la mort de la sorcière. Alors elle danse. Et meurt en frénésie.

Et puis, une fois le noir revenu et le silence. Je laisse flotter en moi le foulard rouge. Blanche-Neige a dansé avec le prince. Le corps entouré de bandelettes blanches, j'ai rêvé cette nuit que les murs de mon appartement s'élargissaient.

Au bout d'une persistance rétinienne, je me suis souvenue que le sexe c'est "toujours ça de pris sur la mort". Et je me demande à quoi je penserai quand mes bras s'agiteront sans ordre en direction du plafond. Je me demande si mes pieds s'agiteront, rougis par le feu de la vie qui ne sera pas encore partie.

Les rêves me font et refont danser au bout des doigts tendus et des verges aussi. Imagine cinq minutes dirai-je alors, la profondeur avec laquelle j'ai dansé, la ferveur de mon corps et l'humidité ambiante. De l'écume s'écoulera des mes oreilles. Battement de l'âme, je transpirerai de la neige. Je pisserai du sperme et les murs seront tapissés d'une mousse brumeuse. La peinture des murs de ma vie élargis sera jaune.

A la fin, je tournoierai dans les bras de Garcia Marques, je fermerai les yeux sur le bison, sur beau brun, sur le fantôme et leurs odeurs seront coincées entre mes dents. Et d'autres. Je sais dans quelle partie du corps je garderai chacun. Certains devront faire de la coloc. A la fin.

Je me retournerai pour ramasser le briquet de mon père et les prunelles bleues de ma mère. J'aurai à la ceinture le long scalp de ma sœur, une immense queue blonde pendue à mon côté. Les murs s'élargiront de plus en plus.

Qu'avons nous pris sur la mort? Le sexe. C'est toujours ça.
Je crois que nous lui prenons bien plus. La vie, c'est pas rien. Quand même. Nos cent ans de solitude. Les lambeaux de chair que nous griffons. Pour pouvoir les garder sous nos ongles. Rien de moins. Les écorchures que nous ne laissons pas cicatriser. Pour les lécher, toujours.

Et que je crie quand sera venu le moment, oh oui, que je bave de tristesse au moment où les vies que j'aime seront effacées.

Et que je crie et que je bave quand le moment sera venu de vivre.
Parce que c'est la même chose. En plus organique. Un rire en plus.



Au centre de l'oeil, une fourmi se noie dans le soleil

vendredi 7 novembre 2008

Emménagement

Ce n'est qu'après avoir posé mes pieds sur la moquette rouge que j'ai compris. Elle a pris mon manteau et l'a accroché dans la penderie. M'a légèrement touchée le bras pour m'inviter à entrer dans la cuisine. Nous nous sommes assises à la table orange, elle a ouvert un placard, hop, deux verres; un petit coup d'épaule déjà habitué l'a refermé. Elle m'a regardée avec ses beaux yeux, a souri, a dit qu'elle était heureuse en nous versant le vin qu'elle avait acheté pour ma venue. J'ai fait le tour de son appartement.


Son appartement.
Son...
L'espace de sa vie qui démarre...
L'amour qui emménage...


Nous avons fumé plusieurs cigarettes sur la minuscule terrasse. Nous avons parlé, un peu. Nous avons observé le silence. Il y a toujours eu des silences entre nous. Plus jeunes, nous ne savions pas nous parler, disant que nous n'avions rien à nous dire, mentant sans cesse. Ou nous racontant tout l'inverse de ce que nous aurions dû nous dire. Nous avons passé vingt ans de nos vies côte à côte. l'une sans l'autre.


Et c'est en posant mes pieds sur la moquette rouge que j'ai compris qu'on ne rattraperait jamais le temps perdu. Le silence qui nous lie se balance au rytme de mon manteau sur un cintre dans la penderie de ma soeur. L'amour que nous ne nous sommes jamais permis plus tôt et qui n'en est encore qu'à ses balbutiements flotte en l'air dans nos haleines bleues, au moment de l'expiration du tabac, quand les mots n'ont plus de sens. Nous sommes deux femmes pour qui les mots sont importants. Nous parlons beaucoup. Nous parlons profond. Nous sommes des foreuses d'âmes. Nous n'avons pas peur.


A moins que...
Je ne mente...
Je mens...


Tu es la personne que j'aime le plus au monde. Je t'aime et t'ignore. Les secrets de ton coeur, ses battements me sont inconnus. Je connais tes colères explosives, ta pudeur et ta détermination, je connais ton courage. Mais j'ignore tout de toi. Et pourtant je t'aime.


Je n'ai jamais autant aimé quelqu'un que je ne comprends pas. Pour toujours tu es ma soeur et jamais nous ne serons proches toutes les deux. Nous ne l'avons jamais été et le temps ne se rattrape pas. Nous faisons de notre mieux. Et nous continuerons ainsi le reste de nos vies. Nous tentons de mieux nous connaître. Sans vraiment le savoir, nous avons conscience que nous nous ignorerons toujours un petit peu, un tout petit peu...


C'est à travers mes pieds sur ta moquette rouge, le coeur serré que je t'ai dit en même temps bonjour ( ma bouche) et au revoir (mon coeur).








Ma soeur.

mercredi 5 novembre 2008

La jeune femme et le renard





Parfois, au bout d'une vibration...
Un mot, une intention. Un désir.

Comme plongée dans le noir d'une eau profonde, on se sent le bout des doigts gelés et le ventre frissonnant. La ceinture. De chair de poule.
L'esprit raisonne. C'est le froid.
L'âme répond. C'est autre chose. Une intention.

J'ai vu le petit prince s'avancer vers moi, son écharpe. Sa main avancée vers le déséquilibre. De l'avant.
L'esprit raisonne. Avant quoi?
L'âme répond. C'est toujours avant que l'on ressent le déséquilibre. Avant. Une intention.

Le renard est grimpé dans l'arbre. Le petit prince, le nez en l'air, a joué du bout des doigts avec le plumeau roux. A portée de sa main ouverte. Le renard se balance.
L'esprit raisonne. Le regard vers le bas.
L'âme répond. Je lui caresse la main. Une intention.

Comme flottant dans une gangue humide, on repousse de ses mains les parois. On pousse. On sort. De son propre ventre.
L'esprit raisonne. C'est la fatigue.
L'âme répond. C'est autre chose. Une intention.

J'ai observé le petit prince. Il essaye de me parler pour me faire descendre. Il disparait pendant longtemps. J'attends qu'il revienne. Je cherche sa main avancée.
L'esprit raisonne. Sa main?
L'âme répond. Pour la lui lécher. Une intention.

Le renard est descendu de l'arbre. Il a trouvé au sol un pétale de rose. Il a suivi la direction. Le petit prince n'était pas loin. Le renard s'est lové au creux de ses jambes. La main du petit prince a effleuré l'échine. Une larme.

L'esprit questionne. Pourquoi?
L'âme répond. Le plaisir. L'envie de recommencer. Et dans sa main une rose. Une griffure.

L'esprit dit Attention.
L'âme en désaccord. Ne sait que répondre.

lundi 3 novembre 2008

Fly me to the moon

Les bottes grimpent lentement, lentement. Les effets de la résine et du vin se sont dissipés depuis longtemps. Les conversations de la soirée se sont évaporées dans l'éther. Il est minuit et demie. Les vêtements sont tombés au sol. Ont été ramassés. Rangés dans le vestiaire bleu. Au poignet s'est attaché la pochette contenant la clé et quatre petites capotes. Une serviette jetée sur l'épaule, un paréo s'enroule sur le corps. Les yeux se voilent. Les lunettes se posent au fond du vestiaire. Un regard qui n'est pas étonné. Étonnamment.

Les pieds nus descendent lentement, lentement. Les jambes nues traversent le salon tamisé. Une lumière bleue. Les pieds dans un bassin d'eau fraiche. Le paréo se déroule. La serviette est accrochée. La pointe des seins se durcit. Puis s'amollit au contact de l'eau bouillonnante du jacuzzi. Le cul taquiné pas les bulles. Dans les yeux, un couple s'embrasse. La main repousse doucement un torse aux yeux d'extas(i). Un regard qui n'est pas en danger.

Les cheveux mouillés sont défaits. Ils collent au visage. La chaleur. Il fait 75° et le corps évite tout mouvement inutile. Inutilement. La main se promène sur le plancher de bois, passe la pulpe des doigts sur la surface glissante de l'aine, remonte sur l'arête du nez, se perd dans l'autre main. Les yeux dérivent de nuque en nuque, devinent les gouttes qui coulent le long des épines dorsales et vont mourir entre les fesses. Un regard pudique. Qui jette un voile.

La main d'abord caresse le mur lentement, lentement. Le paréo couvre les yeux. Une lumière rouge. Une ombre de stries. Des persiennes. Le bras se tend en l'air, puis les jambes, à coup sûr les fesses. Quatre mains vont et viennent sur le corps fin et rouge. Il s'agit d'un jeu. Dis-moi comment tu caresses, je te dirai qui tu es. Les sourires. Enfin. Les yeux distinguent des silhouettes striées. Des persiennes. Des personnes derrière. Les yeux les cherchent en brillant. Une allumette craque au fond des prunelles rougies. Un regard allumeur.

La gorge gronde. Un peu de liquide s'écoule entre les jambes. Les yeux brûlent.

Le froid n'est pas si saisissant au-dehors que je l'imagine.
Le matin suivant, mes baskets avançaient lentement, lentement. Ma main frottait les murs à mesure de mon avancée. Ma bouche goutait les morceaux de clémentine et le caviar d'aubergine, tendus par les commerçants de mes dimanches. Mon cœur ressentait la rage qui fait courir. Mes yeux avaient retrouvé leur vue de myope qui se corrige. Un regard sans regret.