lundi 29 septembre 2008

Une toute autre vie, Part 1

L'allure était folle, du genre qui donne la nausée. Et qu'est-ce que je fais ici, comme question récurrente. L'allure était folle, du genre à ne plus distinguer aucun détail du paysage filant derrière les vitres. Un grand flou. Une envie de vomir ma tête comprimée par la question "qu'est-ce que je fais ici?".
Le cheval à bascule, retourné sur le flanc, hennissait, ne recevant pour seul écho, que la sonnerie des portes de métro se refermant dans l'obscurité chaude des tunnels souterrains.
Les couleurs dorées de la montagne s'étaient ternies, perdues dans un brouillard tristement épais.

J'ai ouvert la porte du train, les gonds rouillés ont cédé sous la pression de mes bottes, je me suis cassé tous les ongles, mes cheveux ont été arrachés par la puissance du vent engouffré. Le vent a séché les larmes qu'il faisait monter à mes yeux.

Je ne pouvais plus respirer. Une envie de dormir pour fuir la question "qu'est-ce que je fais ici?".

J'ai empli mes poumons d'air. J'ai fermé les yeux. J'ai sauté du train.




mercredi 24 septembre 2008

Verjus

"Même convoitée par la main avide,
L’orange ne semble jamais pressée"

Sur la peau de l'orange, assise négligemment au sommet de la corbeille. Sa peau épaisse, quand on la tient dans la main...

Une odeur vitaminée, qui pétille presque. Elle met de bonne humeur cette orange. Et d'un coup je voudrais la percer d'une aiguille, un trou minuscule qui laisserait échapper une goutte. Une goutte qui goutte à goutte sur les lèvres asséchées et la langue qui goûte ce jus qu'elle a tant désiré.

Mais avant de connaître la fin, qu'en est-il de la main? Relais des narines sitôt l'arôme repéré.

Il fait sombre dans la pièce et les yeux sont inadaptés à l'obscurité mais il faut bien l'atteindre ce fruit pour étancher sa soif. Il faut le chercher, et passe la main sur la rugosité de la table et entame l'ascension sur la corbeille. Que de fruits à grimper. Tentation du raisin, mais non c'est l'orange que je veux. Et la rondeur ferme et grainée de cette peau d'orange, je gratte un peu, un peu d'huile parfumée sous le doigt que je suce.

Faire le tour de l'orange et puis sentir les résistances tomber sous la caresse de l'ongle. Il se laisse dévêtir ce fruit si convoité, mais ce n'est pas fini, reste la peau douce et blanche comme l'intérieur d'une cuisse.

Et la pulpe enfin, petites alvéoles gonflées à bloc de ce jus qui m'enivre. Les percer une à une et avaler goutte à goutte cette orange sans la presser...

Comme les autres

"Ecoute-moi, j'ai ajouté, ça m'a jamais rien rapporté d'aller baiser à droite et à gauche, non, jamais rien. Je sais bien que tout le monde fait ça mais c'est jamais marrant de faire comme tout le monde. Enfin moi, ça m'emmerde."

37°2 le matin, P. Djian

mercredi 17 septembre 2008

Un coin sans lumière

C'est drôle, les gens croient que faire un lit, c'est toujours faire un lit; que donner la main, c'est toujours donner la main; qu'ouvrir une boite de sardines, c'est ouvrir indéfiniment la même boite de sardines. "Tout est exceptionnel"(...)

"Hier il pleuvait, aujourd'hui il fait soleil; hier j'étais triste, aujourd'hui M. vient. La seule chose qui ne change pas, c'est que je n'arriverai jamais à donner à ce lit un aspect présentable."

Mais cela ne fait rien, les femmes aiment le désordre d'une chambre de garçons, elles peuvent sourire - la mère en elle montre toutes ses dents- et arranger les rideaux, changer de place un vase, une chaise, dire : Il n'y a que toi pour avoir l'idée de mettre cette table là, dans un coin sans lumière.

Julio Cortazar, Les armes secrètes

mardi 16 septembre 2008

Cadavre exquis 1 *

On garde ses lunettes de soleil pour dormir...

Dormir sous un ciel étoilé, tel est le bonheur de chacun,
mais est-ce vraiment ce que je désire...

Désir intense et flou à la fois qui part...

Part? Ma part? Mais bien sûr que je l'ai prise!
Et encore, d'aucuns disent que c'était congru comme portion. Ouais...

Ouais ben quoi! Elle te plaît ma gueule? Elle est comme elle est.
Entière, balafrée. Elle me ressemble...

Ressemble à s'y méprendre à la première phrase et...

Et je pense qu'on se fait chier à vouloir savoir. Non?



*Un soir d'automne avec F. et S.

jeudi 11 septembre 2008

La nuit face au ciel

"Nourris ce qu'il y a dans ton esprit et ce qu'il y a dans ton cœur et ne laisse pas l'un dévorer l'autre. Ainsi, tu ne seras jamais prisonnière.

Jouer avec les sentiments, c'était tresser la corde pour se pendre. Au mieux, c'était clouter les lanières du fouet et remonter sa chemise.

Ça ne m'empêche pas de me sentir joyeuse car j'écris ces mots dehors, dans une nuit magnifique et je sens le ciel m'aspirer (...)

La route n'est pas si longue mais elle ne finit jamais. Eviter un obstacle, c'est aller au-devant d'un autre. Il n'y a rien de solide sous nos pas.

Et moi non plus, je ne savais pas ce que je ressentais. C'était tout blanc. Ni dégoût, ni colère, ni tristesse. Comme ce vide avant la douleur quand on se blesse quelque part, sauf que ça durait.

Je fouillais mon esprit pour comprendre ce qui n'allait pas mais ça ne servait à rien, il y avait toujours un moment où tout s'éteignait."

Lent Dehors, P. Djian

mardi 9 septembre 2008

La question, dialogue in

Il a été question de pâtisseries, de promenades, d'autels...

Mais tout ça c'est du vent. Rien que le vent.
Il est question d'amour. De celui que l'on donne et de celui que l'on reçoit. Ce n'est pas la même chose.

Il est question de ce qu'on est en capacité de donner et de ce qu'on est en désir de donner.
De recevoir aussi.

Il est question de métaphores, de comparaisons, de faire naître des images par mes mots. Il est question de sublimer le réel, sans pour autant en sortir.

Il est question de s'arrêter de courir quand le souffle vient à manquer.
Respirer un peu.

Il est question de tristesse, de soulagement, tout cela mélangé dans un caractère un peu absurde, alourdi d'images dont le sens m'échappe.

Il a été question d'amour.

Mais l'amour n'est pas une question. Si?

vendredi 5 septembre 2008

Odore di femina

Il fallait comprendre que l'impatience, à cette heure était plutôt de mise.

Même si... Chut!

D'un coup de crayon noir sous la paupière, j'avais tiré un trait d'encre sur toute cette histoire. Et mes mains farfouillant nerveusement dans le tiroir à dentelles trahissaient l'exact opposé. Pas de trait tiré en gras, tu passes à autre chose fillette, non ça non, mais un voile transparent couleur vieux rose, qu'on enlève sans aucun problème, avec une feinte délicatesse, ou qu'on arrache avec avidité... Plutôt.

La poudre dorée irisant le pinceau s'est déposée par un geste ample et habitué de ma main droite, dessiner le chiffre 3, partir de la tempe -léger, léger- insister un peu plus sur la pommette et descendre. Three times....

Mais avant, il y a eu la douche. Quel savon? Je vais essayer jasmin, tu crois?
Il y a un grand miroir qui couvre toute la longueur de la pièce. Alors, demander à ma jumelle aux cheveux plaqués en arrière par l'humidité: quel savon tu penses?

J'ai cherché du courage et du calme dans mon regard inversé, dans mon corps symétrique, je m'envoyais des sourires qui ne me rassuraient pas mais m'assuraient pourtant que la voie vers le jasmin était la bonne. Et puis que jasmin, ça s'harmonise bien avec l'eau de toilette au gingembre.

Et un clin d'œil par dessus le marché, parce que, quitte à se jeter dans les yeux du loup, autant y aller la tête haute, le sourire ravageur et le décolleté crâneur.


mercredi 3 septembre 2008

Conversations, ados 2

Sortie d'école de commerce, jolie brunette vs nouvelle arrivée...

"Ah mais t'en fais pas, j'texpliquerai la différence entre actif et passif... Tu sais, 'faut pas t'inquiéter hein. Moi, avant, j'étais comme toi... une vraie mongole..."

... et c'était dit gentiment en plus...

Conversations, ados 1

Où les adolescentes ne se font pas de cadeaux...

"- Aaaaa.... Aaaaa.... AaaTCHOUMMMMMM!!

- A tes souhaits...

- Berci...

- Aaaaa.... Aaaaa.... AaaTCHOUMMMMMM!!

- A tes amours...

- Berci... (elle pouffe) que les tiennes démarrent un jour...."

Salope va!!

lundi 1 septembre 2008

Aux confluences, dialogue in

Aux confluences d'un nouveau monde, nouveau départ,
nouvelle jupe,
bien sûr, bien sûr...



Nonchalance,
négligence,
résistance,
outrance,
performance,
extravagance,
abondance,
impuissance,
élégance,
béance,
tendance,
voyance...

bien sûr, bien sûr...