mardi 22 juillet 2008

Une nuit...

Et dans la maison endormie, tout était mort. Les enfants étaient couchés, on entendait voler les mouches et s'élever les respirations. La grande colo avait fermé les yeux et la lumière était éteinte. Dehors, la nuit de juillet suivait son cours de torrent gelé et ce n'est que vers une heure du matin que la lune consentit à surplomber la montagne. Ils dormaient tous côte à côte, les grands enfants, les plus grands, encore tous habillés devant un film auquel ils n'avaient pas résisté. Ne subsistait que la lumière pâle de l'écran et l'ombre de la fumée s'élevant dans la pièce, enveloppant ce moment d'une brume épaisse et chaude.
Comme un sentiment de déjà vécu. Être simplement présente à l'instant, sentir l'expiration de fumée sur fond blanc.
Comme un écho lointain résonnant dans la vallée.

dimanche 13 juillet 2008

Embarquement immédiat



Je mettrai les mains sur le volant. Caressant le grand cercle d'une main un peu lasse. J'empoignerai le levier de vitesse. Mes pieds sur les pédales. Ma bouche un peu lasse aspirera la première fumée du petit matin. Je traverserai d'abord les grands champs de la Beauce. Si plats. Je crois qu'au moment d'en sortir, j'aurai une pensée pour cette région que je ne connais pas. La Mancha. Alors, je couperai le moteur. La voiture garée sur le bas-côté m'attendra. J'irai me promener deux minutes dans un champ. Deuxième cigarette. Je lâcherai mes cheveux, jusqu'alors attachés. Ce sera le début des vacances. Je me retournerai en souriant vers Thelma, qui m'attend. Mais non, Louise cette année voyage seule. Elle va traverser le pays. Personne à ses trousses. Rendue à moi-même. En remontant dans la voiture, je ferai un vœu. Comme pour toute première fois. Le voyage en voiture. Pas très écolo tout ça. Mais j'attends depuis si longtemps, tu peux comprendre ça quand même. Sûr que je roulerai vite à un moment. Sûr que ça sera dangereux les cheveux qui volent autour de la cigarette. Sûr que je penserai à toi. Et qu'à ce moment là, soit je ralentirai, soit j'accélèrerai. Je ne sais vraiment pas. Ce sera l'un ou l'autre.

Depuis plusieurs jours déjà, je rêve de ce voyage. Tantôt je suis seule dans cette voiture, la route orange est ouverte devant moi et c'est une longue descente dans un paysage que je connais pour l'avoir rêvé des milliers de fois. Tantôt tu es avec moi, à la place du mort. Tu dors et le paysage défile à toute allure. Je m'arrête et t'abandonne assoupi, marchant droit devant moi, le soleil dans le dos. Ou bien tu ne dors pas, et restes silencieux, comme perdu dans tes pensées. Tenant le levier de vitesse.

Je jetterai un œil un peu las sur mon appartement avant de tourner la clé. J'entrerai dans ma chambre de jeune fille aux murs verts. Puis en ôtant mes vêtements, j'aurai une pensée pour toi, pour tout ce que je t'ai dit. Je t'imaginerai nu et je m'endormirai avec dans les yeux tes neufs grains de beauté. Une constellation.

Au matin, je ferai du café, je boirai debout. J'essaierai de ne pas fumer.
Le soir, une fois arrivée, un autre grain de beauté m'accueillera. Je sourirai. Je serai bien.

Louise sans Thelma. Un beau voyage. Quand même.

mardi 1 juillet 2008

Ce beau et grave sourire

Qu’est-ce que la compréhension ? qu’est-ce que l’émotion ? où se situe la frontière ?

« S’il m’aimait comme je l’aime, il aurait compris… » . Oui oui ma fille sans doute. Mais que sais-je du mouvement d’un cœur qui ne bat pas dans ma poitrine. C’est là que réside toute la différence. Tout le mystère. Tout ce goût inconnu sur ma langue.

Peut-on comprendre une émotion ? Quelle signification porte le ressenti en lui ?

Les mots… on peut les tordre dans tous les sens… Alors quoi ?
Rien sinon que peut-être, je ne sais pas. Ce train d’avance, je ne l’ai pas. Un peu de déroute. De dépit. Un sourire aussi au coin de ma bouche. Un beau sourire grave. Je comprends. Ou peut-être pas.
Je suis une femme. Qui s’est penchée sur une odeur. Une chaleur. Et vois comme tu as raison, ces choses n’ont aucune explication, aucune signification. Si je savais dessiner, sans doute comprendrais-je ces mots au-delà de toute parole. Sans doute aurais-je alors moins peur du noir. Ou du blanc.
Et pourtant, ce sourire inexpliqué… « tu vas bien ? » . – Oui . c’est curieux mais oui. Je ne me résous à aucune mélancolie, elle rôde, elle trépigne devant la porte. Je n’ai rien à lui donner à manger. Un beau sourire grave.

C’est un vide apaisant. La confiance est-elle une émotion ?
Voilà bien une situation inédite. Que, pensive derrière mon écran, cette cigarette au coin des lèvres, relevée par un beau sourire, je contemple, ravie. Le oud m’emmène loin dans les confins de mes veines, dans le battement de mes cils, dans la chaleur de mon ventre. Je me suis penchée et j’ai happé tout ce que j’ai pu. Une main sur mon épaule, trois fois rien, une émotion partagée. Un tremblement dans les flancs, une encolure qui frissonne.

Il y a longtemps, C. m’a raconté que les cavaliers du Maroc regardaient leur monture dans les yeux en maintenant leurs têtes bien l’une contre l’autre. Alors, les chevaux prenaient la compréhension et les hommes l’émotion. C’est une belle histoire dont les fantasia résonnent à l’instant où les fusils crachent un jet couleur de bronze.

On peut faire comprendre ce que l’on veut. Peut-on faire ressentir ?

Je réfléchis trop. Et pourtant… il y a autre chose. Je ne sais pas. Du bout des doigts peut-être, depuis la plante des pieds, je suis une jouisseuse. Je vis hors des bulles, la femme qui sent, qui renifle, qui hume, qui regarde, qui se laisse surprendre, qui mange, boit.

Où parfois peut bien se perdre la sensibilité ? pourquoi toujours ce déséquilibre entre le corps et la tête ? que sont les certitudes ? que signifie « je sais » ?


Que contient une âme aimée ? qu’est-ce qui la traverse ?

« Ce que je veux être ? ta compagne. Celle qui marche à tes côtés. », entendu à la criée sur la terrasse d’un bar un vendredi soir. Quel beau et grave sourire… cette phrase c’est moi qui l’ai écrite. Elle raconte qu’un soir, je me suis endormie chez toi et que tu m’as réveillée d’un baiser. Elle raconte que tu m’as appris que, passer ta langue à l’intérieur de mon œil était l’un des gestes les plus émouvants que j’aie jamais vécu.

Elle raconte que la déroute et la question n’épargnent personne et qu’il peut être aussi effrayant que plaisant de s’y plonger. Elle raconte que je marche seule et que je te vois de loin, avec cette démarche un peu tombante. Elle raconte que le vide ne m’effraie pas. Elle raconte que je t’aime. Elle raconte un ici et un maintenant. Que le temps a une valeur toute relative et que j’ai beau l’étirer, il est libre.
Cette phrase, c’est moi qui l’ai écrite. Parce que je suis en chemin.