mercredi 25 juin 2008

Si j'étais en face... Dialogue in

Sur le balcon? J'ai réussi à capter un peu des derniers rayons orangés avant qu'ils ne disparaissent.

J'ai défait mes cheveux, je me suis allumé une cigarette. Vaguement excitée.
Le vent...


Le vent s'est engouffré dans mon tee-shirt, j'avais encore la peau humide. L'eau de la douche a lavé toute cette journée.

Le vent l'a séché.

A gonflée ma chevelure qui a pris le feu mourant du soleil de 21 heures. Mes cheveux ont dansé dans la musique orientale et, sous la caresse, un frisson. Le tee-shirt s'est orné de deux petites pointes.

Le vent a tout gonflé.

Au soleil mourant de 21 heures, j'ai voilé ma face d'un écran de fumée. J'ai mis une main dans ma poche.

Celle qui a un trou.

Puis baissant la tête, j'ai joué avec mes cheveux en fusion, laissé le feu mourant réchauffer ma peau frissonnante.

Le vent a tout enveloppé.

L'humidité de la douche s'est confondu avec celle que j'avais fait naître. Une main dans ma poche. Roulant entre mes doigts comme un petit caillou. Debout sur le balcon.

Mon clitoris.

Je suis rentrée mettre repeat . Je suis ressortie. Me suis rallumée une cigarette.

Le vent a tout emporté.

La fumée traversant l'écran de cheveux a dansé comme s'il s'agissait d'une libération. J'ai observé les yeux mi-clos les balcons d'en face.

Tous vides.

Si j'étais en face...







samedi 21 juin 2008

1304

Le retour de l'écriture nocturne me fait du bien. Les pieds calés sur la chaise, pas une seule lumière. L'écran blanc. L'esprit blanc.

Passée la légère hésitation, décider de suivre le flot cotonneux des nuages gris sur ce ciel qui n'est pas pressé de s'assombrir et reprendre le cours de mon cœur au rythme inconstant. C'est le temps enfin du repos et je pense ne pas être prête encore.

Elle a attendu que 1304 fois sa peau soit mise en avant. Elle a rêvé trois fois 1304 moments comme celui-ci. Elle a serré les dents en regardant les autres droit dans les yeux. Elle a déserré les poings à chaque fois qu'elle s'est couchée.

J'ai baissé la lumière de l'écran. Il me brûle les yeux. Ou peut-être est-ce...
La fatigue qui suit le moment où la lutte semble se terminer.
L'écran assombri. L'esprit assombri.


Avoir senti toute la journée un vent brûlant, suivi du coin de l'œil les jeunes filles en (robes à) fleur. Ce soir, on rit dans les rues, c'est l'été fêté en musique. Du creux de l'oreille, j'essaie d'attraper en notes le temps du repos. Et le coucher. Et me coucher. Et je ne pense pas être prête encore.


Elle a caressé l'espoir de 1304 branches où elle pourrait se poser. Elle a compté 1304 fois 1304 pas avant de revenir à son point de départ. En légèrement modifié. Elle a consulté son horoscope en inspirant profondément avant de plonger au cœur de ses bouées imaginaires. Elle a rêvé de moments comme celui-ci en se demandant comment elle pourrait résister au plaisir de tout envoyer valser dans la maison en se mordant l'intérieur des joues. Le coup de la joie insoutenable. Comme les 1304 chagrins insoutenables. Elle peut.


Je découvre qu'à l'aube de la première nuit de l'été, le ciel se charge de vert.
Et que mon moteur chaud depuis plusieurs années est à plat.
Je brûle depuis des jours, j'irradie paraît-il... J'ai chaud. Et je déborde.
L'écran incandescent. L'esprit incandescent.


Les yeux encore plein de sommeil, j'ai tendu ma tête en avant vers l'autre écran. Puis je suis partie. Sur un autre écran, j'ai vu ce chiffre. 1304. Comme un film asiatique incompréhensible. Je veux donner un sens à toute chose. Je ne veux pas tout mélanger. Je veux (lui) faire l'amour. Je veux passer à autre chose. Je veux la main dans mes cheveux. Je veux la célébration de cet instant que j'ai tant souhaité. Et peut-être ne suis-je pas prête encore.


Comme à chaque fois que l'on imagine un instant de sa vie. Non pas une, non pas deux mais 1304 fois. Il y a toujours un décalage. Elle s'est sentie perdue maintenant qu'elle sait où elle doit aller. Elle revoit les 1304 doigts qui ont lancé ce qu'elle est au vent afin qu'elle trouve sa place. Elle ressent les 1304 bourrasques. Et désormais, plus de soucis. Plus d'inquiétude. La paix pour les six prochains mois. Minimum. Elle a eu 1304 secondes d'hésitation.


Une fois le noir établi, il n'a pas été difficile de me souvenir de ce dont j'avais pu parler avec lui. Autre sujet. Même problématique dont j'avais du mal à saisir le sens.
Ecran flou. Esprit flou.


Je ressens cette phrase (*) pour la première fois. L'impression que ce n'est pas logique, que ça ne cadre pas avec le réel. Tout comme ces nuages roses, étirés au maximum comme un sac en plastique trop lourd. Ce oui, c'est dire, "je te donne une place". Une confiance. Enfin. Et peut-être n'y suis-je plus prête.


Elle a essuyé rageusement ses 1304 larmes. Et d'autres lui sont apparues. Elle pense que peut-être elle mélange tout. Elle a mal aux pieds de ces 1304 fois 1304 marches gravies. Elle ressent peur, lassitude, chagrin et colère. Tout ce temps. Du coup les colères larvées explosent sans prévenir, tout mélangé.


*"Ça m'a vraiment fait plaisir, j'ai eu l'impression que le ciel me récompensait.
Quand ce genre de choses m'arrive, je me demande toujours
ce que j'ai pu faire pour mériter ça. "**

**P. Djian, Zone érogène





lundi 16 juin 2008

Patience

Expérimenter la patience du sens où œil et oreille acceptent de ne pas tout voir, de ne pas tout entendre...

Ou tout au moins de ne voir et d'entendre qu'au terme d'une expérience...

Dompter l'impatience.

mercredi 11 juin 2008

Double you

J'avais pensé à Docteur Jekill et Mister Hyde. J'avais pensé à l'autre. Aux autres. J'avais pensé au plein et au vide.

Sans réussir à me concentrer, je pensais laisser mes mains taper contre le mur, jusqu'à ce qu'il disparaisse. Je pensais tordre ma main en me disant que peut-être l'eau qui me trempait, j'avais honte, allait sécher plus vite.

Les pieds dans un trou, j'ai pensé un moment appeler "Maman!" en me mordant les lèvres. Parfois, je me sens seule.

Alors je regarde le mur et je pense que je dois avoir tort de me couper les ongles, et qu'un espace de lambeaux existe bien dans chaque vie, pourquoi pas le rendre visible dans sa maison?

La tête dans la buée, j'ai pensé aux fragments, aux chainons manquants, aux lignes brisées par une percée incertaine et désordonnée.

J'avais pensé au double, me promener sur un vaste plateau de jeu d'échec en passant sans cesse du noir au blanc. Je pensais à nos voix intérieures, à nos voies divergentes.

Notre double nous double-t-il?

mardi 10 juin 2008

L'allumeuse et le boulet 2

"A la veille du grand saut, elles étaient comme des biches affolées. Elles vous toisaient, vous fixaient dans le blanc des yeux, prenaient la pilule et Dieu sait quoi encore, mais dès qu'elles tombaient amoureuses, elles perdaient complètement les pédales, s'effrayaient de leur propre bouleversement, se découvraient soudain prises de vertiges."*


"Il aurait voulu les y voir. Avec une bombe qui va leur sauter à la gueule. Il roula sur le sol, se redressa, la tête entre ses jambes. D'habitude, il n'était pas très chaud pour commencer par là, mais ça ne le gênait pas avec elle. Il se sentait d'ailleurs différent, à la fois plus tendu et plus serein, plus tendu et plus confiant."*



*P. Djian, Sotos

Listen to me brothers and sisters!!

vendredi 6 juin 2008

Et cri

Il arrive ce temps suspendu entre deux respirations. Entre deux expiations. Entre deux expirations.

Bizarrement, il se dilate, ce temps entre deux inspirations.

Envie de l'avaler cette goulée d'air inspiré et expier dans l'écrit. Et l'expirer dans les cris.

J'aime jouer avec les mots.

Alors peut-être revenir à l'essentiel. Retrouver le goût des mots et l'odeur de l'encre. Je l'ai déjà dit cet amour de l'écrit et je crie de moins en moins. Et je crie ici encore et encore et j'écris de moins en moins.

Et puis j'aime lire aussi. Et bougez les lettres et vous verrez que "lire" se lit "lier" aussi. Et j'aime être entravée par mon écriture serrée et nerveuse et m'encorder dans une allonge à l'encre de Chine, dans le rouleau de corde relâchée d'une écriture juvénile que je n'aurais pas soupçonnée chez un être plus vieux.

Le temps suspendu entre deux inspirations se dilate dans les mots allongés sur un drap blanc de paraffine.

Le temps suspendu entre deux expiations se cogne aux parois de nos espaces virtuels.

Le temps suspendu entre deux expirations se dissout peu à peu dans une lecture de bulles. Un moment existantes, l'autre éclatées et remplacées par d'autres.

Le temps suspendu entre deux aspirations attend à la frontière.

Je me dis...

Douanier des mots, c'est joli...

Doux à nier...

jeudi 5 juin 2008

Vu d'ici

Vu d'ici, tout semble si simple...

Pas de confusion, une vue dégagée sur un ciel limpide et un soleil aux débuts moins qu'hésitants.

Vu d'ici, tout semble si clair...

Juste sentir la raideur de mon dos et le sourire qui monte à mes lèvres, comme ça sans raisons particulières. Un peu de cordialité, une sorte de douceur dans cette vie tendue à la brisure des corps et des âmes. Et la vôtre et la mienne, si proches et si éloignées.

Vu d'ici, tout semble si souple...

Souple comme mes bras qui se faufilent comme des serpents sur mon ventre au lever du jour pour que mon réveil soit doux et chaud et humide. Humain en quelque sorte. Pour me sentir humainement libre, vivante et éveillée en mon corps et consistance plus qu'en mon âme et conscience.

Vu d'ici tout semble si futile...

Ne pas déplorer les absences. Ça c'est fait. Je ne crains pas les arrivées et ne redoute plus les départs. Juste savoir s'ouvrir, ouvrir les portes de son sexe et entrebâiller les persiennes de son âme. Et pas l'inverse me souffle le dragon par la bouche de Quisas.

Vu d'ici, tout semble si trivial...

J'observe les arbres tous les matins dans le jardin des Plantes. Le cerisier à fleurs blanches me murmure sans cesse "Bientôt" et j'ai rêvé cette nuit que bientôt c'était maintenant, que seule sous sa ramure je me promenais sans vêtements. Vêtue de gouttes d'eau et drapée de frissons je me roule dans la terre humide et froide.

Vu d'ici, tout semble si neuf...

Paradoxe. Par la solitude redécouvrir son corps, se réintégrer. Jouir comme un acte d'enfantement, le réinvestissement dans sa propre chair. Et ça fait du bruit. Râles et hurlements combinés. Respiration saccadée. Paradoxe de se réveiller solitaire quand on jouit en rêve de s'être fait l'amour...

Vu d'ici, tout semble prêt.