samedi 26 janvier 2008

Le vaste monde

Il y a tout ce que j'ai voulu dire au fil de ces deux années. Il y a tout ce que j'ai vu, les montagnes, le métro, la mer, les forêts. Il y a tout ce que j'ai goûté, les vins, les peaux, les larmes. Il y a tout ce que j'ai lu, les nouveaux romans, ceux que je connais, mes phares, mes découvertes. Il y a tout ce que j'ai écrit.

J'ai tout relu. J'ai tout relié.

Comme tout a changé. Je me suis promenée dans l'ancien espace de vie, d'imaginantion, de partage. J'ai à nouveau touché du doigt les fils invisibles que tissent entre les individus l'expérience et la nécessité de l'exprimer.

Tout a changé et c'est bien comme ça.

Il y a de tout dans le vaste monde et il arrive parfois que cela soit si vertigineux que la seule chose qui me vienne à l'esprit c'est que j'ai envie de vomir.

C'est normal qu'elle s'inquiète pour moi. Mais je ne sais que lui répondre. Moi aussi je suis inquiète. Je cherche à me reposer. Je voudrais rester un peu, attendre l'été et m'asseoir à l'heure du déjeuner au soleil et fumer une cigarette et me laisser vivre les yeux mi-clos.

Je me dis c'est pas normal de travailler un samedi matin. Et puis je me dis aussi que ça se goupille pas mal.

Ouais ouais.. Mais si ça pouvait se dégoupiller aussi ce serait pas du luxe


Il est vivant cet appartement. Finalement. Habité. Pas squatté. Et ça lui fait plaisir en plus.

Et bien bravo!! Y 'a plus qu'à...

Il y a tout ce que j'ai voulu dire et qui m'est resté coincé dans la gorge.
Il y a tout ce que j'ai vu et qui m'a brûlé la rétine ou bien fait détourner le regard.
Il y a tout ce que j'ai goûté et qui ne m'a pas laissé un souvenir impérissable.
Il y a tout ce que j'ai lu et que je n'ai pu terminer. Trop chiant.
Il y a tout ce que j'ai écrit...

Mouais...Si tu veux mon avis...

Il y a quatre murs blancs. Un grand miroir à droite. Une cage en fer. Des négatifs entre les barreaux.
Une partie du vaste monde. Finalement.




jeudi 17 janvier 2008

Rythm'n blues

J'écoutais de la musique en fumant des cigarettes, le corps tassé en mille morceaux et douloureux, j'ai aucune notion du temps la nuit, j'aime réfléchir lentement, je crois que l'extase m'arrivera dans un moment comme ça, enfin j'imagine, je tomberai à genoux dans la fumée des cigarettes et je sourirai jusqu'à ce que le jour se lève avec le cerveau en bouillie, mais je me demande si je fais tout ce qu'il faut pour en arriver là, je me demande si la Grâce va m'accorder les cis=rconstances atténuantes.

Philippe Djian, Zone Erogène

jeudi 10 janvier 2008

Elvis et Bob l'éponge

On aurait dit qu'ils s'étaient tous passé le mot afin que je ne perde pas pied. Et pourtant...

Tu sais, on était pas loin... Border line comme on dit

Et puis, en fin de compte, après l'autoroute, les lumières roses des éclairages, les phares dans un sens, feux arrière dans le rétro, on y est arrivé. On a parlé des garçons... Comme d'habitude, dans un sourire. On se connait bien.


La douce amie était en avance... Je l'aurais embrassée


Alors bon, la route qui défile. "Regarde sur le papier, c'est Terminal 1 ou 2? Tant pis, on prend le 3. On s'en fout!" Ouais ouais. Mais quand même, ça n'est pas rien, un acte politique.

Tic... tac... tic... tac... tic...tac...

"Il est là?"
Non pas encore. Je l'attends. Je ne l'ai jamais vu qu'en photo et je déteste les aéroports. Save me please...

Ils ont étranges ces espaces d'attente en blanc et gris. Impersonnels. Transparents. Inodores. Il est 22h30 et ceux qui attendent ont le visage tendu vers les portes opaques. La sortie des voyageurs. De ceux qui sont partis. De ceux qui reviennent.

Rogarde maman!! Rogarde!!! Bob l'éponge!!!

Il flottait, collé au plafond, mettons à 20 mètres du sol. Bob l'éponge... Un maigre ruban pendouillant dans le vide. Une petite main l'avait serré ce ruban, puis lâché. Une tragédie. Et Bob l'éponge était là-haut. "On dirait, maman, que Bob l'éponge, il avait peur de prendre l'avion d'accord?". Oui oui mon petit, tu as raison. Les ballons ont peur de prendre l'avion. C'est pour ça, qu'il est là-haut. Il a voulu se sauver.

M.?

Je l'ai reconnu. Des yeux noirs, comme maquillés. Un sourire chaleureux. Un brave homme. Une fois dans la voiture, cigarettes, il ne fume plus. Tant pis. Notre conversation hésitante en anglais, le défilé des éclairages. Le retour. Ca va mieux.


Je ne sais plus quoi dire... Et si on lui chantait des chansons?

God save the King!! On s'est appliqué toutes les deux.
Hound Dog, That's all right Mama, Blue Suede Shoes...


M. était content. Il a ri quand nous lui avons dit que c'était son tour de pousser la chansonnette. Nous savions qu'il ne le ferait pas, mais l'occasion était trop belle.


Tu sais, on était pas loin... Border line comme on dit


On aurait dit qu'ils s'étaient tous passé le mot...
Même Elvis et Bob l'éponge...


mercredi 2 janvier 2008

Speakeasy

Mot de passe?
Annie aime les sucettes


Alors que nous rentrions chez moi, hier vers midi, nous étions enveloppées encore dans les rubans bleus de la nuit passée entre ici et là, un endroit et un autre, déterminées à en aspirer les dernières volutes.
Nous avions traversé Paris désertée. La ville vide, avec les seules fenêtres éclairées comme signe de vie. De circonstance.
4 heures du matin. Nous avons pénétré dans un temple hommage au King. Tendu de tissu léopard. Nous avons divagué dans l'épaisseur fumante de l'atmosphère.

Pour qui sonne le glas... Pas pour nous en tous cas et nous avons célébré la mise en bière avec joie et gravité. Comme une amie que les circonstances nous poussent à quitter sous couvert de santé publique.

Nous avons assité à l'enterrement d'une de nos libertés fondamentales. Nous avons étiré la nuit pour lui tenir la main avant que...


Mot de passe?
Dieu est un fumeur de Havane

"J'ai l'impression d'être dans un pays étranger" m'a-t-elle dit, le regard perdu. Nous avons regardé la salle. Nos yeux se sont accrochés aux mains figées autour des bouches, fugacement pour certains. Compulsivement pour d'autres. Nous avons vécu ensemble un moment historique. Un moment amer.


Mot de passe?
Si je ne peux pas fumer de cigare au ciel, je n'irai pas

Il faudra relire La ferme des animaux et 1984 dans la lumière brumeuse d'un speakeasy version années 30 pour comprendre que la liberté se paye très chère et que la soumission est totale. A l'extérieur.

"C'est un pli à prendre" ai-je entendu dans ce café où nous avions nos habitudes.
Il faut se faire à l'idée d'être un condamné consentant. Sans rire.





Mot de passe?