mercredi 31 décembre 2008

J-2 avant l'au-revoir

Je ne savais pas pas j'allais encore réussir à écrire après sa mort. Parfois, on se créée des blocages. J'avais toujours pensé que c'était un peu vain, le blocage, pour se faire plaindre, tout ça. Puis je me suis rendue compte qu'en fait, certaines choses sont impossibles après des évènements tragiques. Quand R. m'a quittée, j'ai dû partir de mon appartement, d'une vie que j'avais commencé à peine de construire, d'un rêve qui, à bien y regarder de plus près, me semble aujourd'hui bien terne et vide de sens.
Je n'ai fait que vomir pendant presque deux mois et demi.
Maintenant que pépé nous a quitté, j'inspire avec difficulté et écrire m'est un terrible effort. Comment pouvoir parler d'autre chose? Et je ne veux pas tant parler de lui. Il est à moi, à ce que j'ai vécu avec lui, au souvenir de ses empreintes dans sa maison et dans mon cœur. Je n'ai envie que d'écrire et je ne peux pas.

Peut-être que dans deux jours, tout ça sera revenu, une fois qu'il sera en terre.
Mais qu'en sais-je?
J'appréhende ce moment et ceux qui suivront.
Parce que, je n'y croyais pas, mais c'est pourtant vrai qu'une part de sa vie s'éloigne à la mort d'un que l'on aime depuis toujours.

jeudi 25 décembre 2008

J'ai fumé tes cigarettes



Tu veux savoir?

Elles sont infectes tes clopes.
20 par jour?! Tu rigoles?

Et ben mon vieux...


Nous avons mangé malgré tout, malgré toi et le vide, l'absence de tes clopes dont l'odeur s'incuste au plus profond de nos vêtements.

Monsieur M.? C'est l'aumonier...

Un signe de croix et... rideau.

Salut mon vieux. Je t'ai touché, ta vieille peau, tendue par l'oedème. Je t'ai parlé, je t'ai lu ta lettre, tu partiras avec. Je suis contente. Nous avons parlé de toi, nous avons ri. Tu n'étais plus là. Et pourtant ce ne fut pas un Noël triste pour moi. A dire vrai, j'ai bien reconnu ta malice. Partir un jour pareil, c'est vraiment pour qu'on t'oublie pas.

Vieille bourrique!

Oui oh ben ça j'en ai rien à foutre!!

Je sais bien pépé, je sais.


Ah et une dernière chose quand même...

Hein?!

Malgré les jours passés à l'hopital, tu veux savoir?

Quoi?!

Tes cheveux. Ils sentaient toi.

Ah oui! l'eau de lavande?

Oui. Fragonard.

Et après?

Après rien. On ouvert la cartouche de cigarettes, on en a tous pris un paquet. J'ai ouvert le mien et je t'ai fait venir quelques instants.

Mais merde pépé,ces clopes sont infectes...

Ahahahahaha!!

Une chance que la date soit facile à retenir. Je fumerai une autre gauloise brune avec toi l'année prochaine.


Je t'aime.

Ma.

lundi 22 décembre 2008

Crois-tu que Christophe aurait trouvé les Indes sans colon?





Tu y comprends quelque chose toi?

Mais c’est dégueulasse !!

Pourquoi nous as-tu dit au revoir, alors que nous ne savions pas que tu nous faisais tes adieux ? Ça fait une semaine tout juste que je t’ai vu. Et, certes je t’avais connu une meilleure mine, un regard moins absent, mais bon merde ! Qu’est-ce que c’est que ça ?!

Ils sont tous allés à Mondor. Et je n’y étais pas. Comme je regrette, est-ce que tu peux comprendre ça ? Ne t’en vas pas avant que moi, je t’ai dit au revoir ! Avant que je t’ai lu ta lettre, avant que je t’ai présenté un fiancé valable, avant de t’avoir collé dans les bras ton arrière petit truc… Bref, ne pars pas.

J’y vois plus rien, tu comprends ça, j’ai ton odeur dans le nez et elle est salée, si salée, je confonds, ce sont mes larmes, où es-tu ? Je sais qu’on ne décide rien, ni les uns ni les autres, mais que veux-tu, dans deux jours c’est Noël et si tu pouvais me faire un cadeau… Et Dieu sait que j’y crois pas et que ce soir, j’ai plus envie de croire en rien, tant je suis envahie par tes éternuements, tes clopes, tes chemises à carreaux de bûcheron, tes « Hein ?! » de sourdingue, ton tapis de jardin et ton relax, ta façon douteuse de conduire les Peugeot, les « ma puce » que tu lances à mémé.

J’entends plus rien, j’essaie d’imaginer le respirateur et de souffler avec lui tout l’oxygène dont tu pourrais avoir besoin, je n’étais pas là, tu comprends ça ? Attends, laisse-moi te lire la lettre que je t’ai écrite, laisse moi tenir ta main, laisse-moi caresser ton crâne, laisse-moi faire du toboggan sur ton ventre, je ne t’ai pas tout dit. Dans les yeux, en jeune marié, je t’ai regardé tout à l’heure et Toi seul sais ce que je lui ai dit. Tu m’as raconté tant de choses, j’ai oublié, je ne sais pas si ça va me revenir un jour, tu ne voudrais pas enlever tes tuyaux et marcher avec moi, si j’étais un garçon, j’irai pisser avec toi dans le trou à fumier, mon pauvre vieux j’embrasse tes reins qui ne fonctionnent plus, je te donne les miens, les deux, parce que j’en ai pas trois. Je ne suis pas un garçon, je suis ta petite fille, et je ne veux pas que tu partes, je ne suis pas forte, non non non, je suis malheureuse parce que j’ai compris. Et j’y comprends rien. Ma mémé sans toi… Et je suis sûre que tu le sais quelque part. Et que tu n’as plus de forces. Et je ne peux pas te donner les miennes, merde on a que cinquante ans d’écart, c’est pas juste. Viens perdre à la belote contre moi, je te mettrai une déculottée, mais pas très forte, promis, je veux même tricher pour te laisser gagner, viens encore me donner le goût des salades et des endives. Que va devenir ton jardin sans toi ? Je ne veux pas être orpheline de toi, tu ferais la première veuve de la famille, allons pépé, c’est pas sérieux tout ça… Je vais te raconter la fois où vous avez bouffé du serpent en Algérie… c’était fade, tu te souviens, je vais te raconter comment papa criait à la maternité, je vais te raconter Gaby qui est tombée dans les rosiers, je vais te raconter ma chute dans les escaliers, je vais te raconter la boite de Tic-Tac toute neuve, je vais te raconter ma première cigarette. A toi. Et à personne d’autre, j’ai douze ans et tu me rassures en me disant que « Bah on sait jamais, peut-être que ton père, y te laissera en griller une le dimanche… » . Mon vieux, tu m’as appris mon premier geste honnête, je fume et alors !! Et toi et moi on fume trop…

En trois jours j’en ai appris des mots avec toi, anévrysme, dialyse, etc… En trois jours, j’en ai appris des maux sans toi. Parce que je n’étais pas là. Parce que je serais capable de rire avec toi peut-être on sait jamais, parce que je veux que tu plisses encore les yeux pour moi. Parce que je ne crois pas au Paradis et qu’en réalité tu pars, mais ne vas nulle part. Et que tu vas seul. Et que j’ai du mal à te savoir seul. Ça me fait trop de peine de te savoir seul nulle part.

Ne t’en sors pas, je t’en supplie, ne reviens pas plein de fils et de poches, je sais trop bien ce que tu ferais. Ne t’en sors pas. Ne pars pas. Ne me quitte pas, toi qui ne me quitteras jamais. Je te dis de ne pas t’en aller…

Non !!

Bon ben si tu veux…

dimanche 21 décembre 2008

C'est le père de mon père... c'est mon grand-père.

Mon très cher ...

Je me rends compte que c'est bien la première fois que je t'écris. J'ai eu papa au téléphone tout à l'heure et il m'a fait part de ta décision concernant le repas de Noël. Rassure-toi, je ne t'écris pas pour te convaincre de venir. Mais parce que nous risquons peut-être de ne pas nous voir, j'avais envie de te faire un petit signe. Il faut quand même que je t'avoue qu'après ce coup de téléphone, je me suis sentie triste et inquiète; j'imagine ton inquiétude et celle de M... et je regrette de ne savoir quoi faire pour vous soulager mieux. Au moins vous faire penser à autre chose. C'est étrange mais je n'y parviens pas.
Je dis juste que c'est pas ce connard de cardiologue qui va avoir raison! Je veux que tout se passe bien et j'en suis sûre. Ne t'inquiète pas. Et si tu t'inquiètes, regarde la photo que je t'envoie et dis-toi que, pour moi, cette main alanguie sur la toile rayée est la tienne. Que c'est une après-midi ensoleillée d'automne, un peu frisquette mais si agréable malgré tout...
Que dans quelques instants, à peine le temps d'une de tes petites toux, je poserai ma main sur la tienne. Une frange, une coupe au carré, un serre-tête, une robe en laine, j'ai 5 ans, et je suis tellement petite devant toi. Je brandis le ballon en mousse et c'est parti pour un foot!
J'ai du mal à dire comme je t'aime et combien j'ai hâte de faire le tour de ton ventre avec mes bras, de jouer à la belote et de laisser un peu de temps entre le temps, dans le bleu de nos cigarettes et au bout des franges du balai que tu passes dans la cuisine le matin.
Je saute sur tes genoux-moto, je bondis à 3 ans dans ton lit, prête à faire un chantier du tonnerre de Dieu, et en attendant de t'envoyer le ballon en mousse, je t'envoie tout mon amour.

Ta petite fille.

Je t'ai écrit cette lettre hier matin.
Tu avais dit à mon père que "ça y est, j'ai dit au revoir, maintenant".

Ton anévrisme s'est fissuré, on t'a opéré cette nuit.
J'ai regardé "La Vie est belle" de Capra et tu es en train de te réveiller.
Je te verrai demain.
Je te jure que si tu meurs, je te tue!

lundi 15 décembre 2008

Final Cut

Je voudrais te dire que d'un coup oui, je me sens mieux. Que je me sens soulagée. Que ma poitrine me parait moins oppressée. Que j'ai l'impression qu'un voile s'est levé sur mon regard et que je trouve tout vachement chouette.
Mais rien n'est plus loin de cette image d'Épinal que ce qui me serre les tripes au moment où je te parle. Et tu sais que c'est pas mon genre de la ramener avec mes bobos et mes hoquets de désappointement.
Pourtant, j'aimerais bien aujourd'hui que tu me mettes la main sur l'épaule et me tendes une cigarette. Parce que c'est pas parce que je te quitte que je ne t'aime plus. Parce que j'ai aucune fierté. Ce serait plutôt l'inverse même. J'ai eu du mal à me dire que j'avais pas les reins assez solides, ni les épaules assez larges pour ce que tu me demandais. J'aurais préféré être à la hauteur. Je prends conscience de ce dont je suis capable, et crois-moi, c'est pas toujours simple à avaler comme pilule, on n'y peut rien, c'est comme ça, c'est se rendre compte de ce qu'on a dans le ventre et de ce que l'on a pas encore qui nous fait grincer des dents pendant notre sommeil et je vais pas te raconter de salades. Je suis pas de cette race de filles qui sont prêtes à se ronger les sangs pour une telle histoire, je n'ai pas cette capacité d'abandon total.
Je me dépouille de cette fierté et je suis navrée de constater qu'il n'y a plus rien qui me retienne auprès de toi. Que ça me fait plus mal qu'autre chose. Et que j'ai passé l'âge.



Je trouve ça con. Mais j'ai pas mieux.
On veut toujours croire que l'on porte en soi quelque chose d'héroïque. Quelque chose de pas complètement naze.

Philippe Djian, Sainte-Bob

lundi 8 décembre 2008

A moitié plein de têtards... Dialogue In



Comment expliquer que parfois l'on écrit, parfois non. Parfois on est plein, et aucun son ne sort. Aucun mot. On se sent également vidé de toute substance et alors, on parle, on remplit et vide ses poumons d'air qui éclate en bulles sonores, en variations, en graves. Bref.

Pourquoi toujours tout expliquer?
Et pourquoi pas?

Te revoilà? Tu m'as manquée.
J'étais en voyage.
Ah...
J'avais besoin de sortir et de rentrer en même temps.
J'ai bu beaucoup de rhum arrangé.
Les grains de fruit de la passion.
Et puis d'un coup, il faisait froid.
Six semaines.
A se geler.
A ne plus se sentir.
Les grains donc. Dans la bouteille, on aurait dit des têtards.
Tu as dit ce que tu vaux.
Comment ça se dit un lapsus d'écriture?
J'ai voulu écrire "ce que tu veux"...
Oui
Donc, des têtards...
J'ai froid j'ai mal j'ai faim je veux plonger dans le rhum arrangé
?!
Si je pouvais tu sais, je m'arroserais avec
Les têtards
C'est ça
Et un garçon danserait sur moi, ferait du patin à glace sur mon ventre orangé
Sur ton ventre arrangé.
C'est ça
Oui
Tout ça ne me dit pas du coup
Quoi?
Ce que viennent faire les têtards dans l'affaire
T'inquiète. Moi...
Tu sais.
C'est ça.

En plein vent

J'avais commencé à repenser à cette note perdue. Puis d'autres sont remontées à la surface de ma mémoire.

Je me suis souvenue que si je devais un jour écrire un livre, j'utiliserais certaines phrases plutôt que d'autres.

Avant que je parte, il était ici question de mauvaise blague, de cheval à bascule, de voyages. Entre autres.

De quoi est-il vraiment question ici?

De quoi sont donc faits nos espaces respectifs? Qu'est-ce qui les rend si importants à nos yeux?

Les vôtres, peut-être...

Voire.

Ce qui les rend précieux. Uniques.

C'est la capacité à s'humaniser. A se réhumaniser, plutôt. Trouver un temps, se le choisir. Une position. Un environnement. Etre seul face à un écran, le sien dans la pénombre d'une pièce privée. Noyé au milieux de dizaines de machines squattées par les joueurs du cyber café du coin. En wifi. En musique. En solo.

Peu importe.

A part bien sûr, cette capacité à s'extraire du temps et de l'espace quotidiens, d'ouvrir cette minuscule parenthèse, aussi fine que du papier à cigarettes et d'écrire. Et décrire.

L'amour, le coït, le travail, les enfants, les errances de l'âme, les souffrances du corps, les inquiétudes, les futilités, les bassesses et la grandeur.

Toutes ces choses, infimes, intimes. Qu'il est impossible de partager avec quiconque. Qu'on a même plus le temps de regarder, de reconnaître.

Ici. L'espace de l'intime. Le radeau.

Maintenant. Comme naufragé en plein vent.

J'hésite encore pour l'instant.

jeudi 4 décembre 2008

In fusion

Cela fait maintenant plus de 15 jours. Presque 3 semaines. Plus même. Mais le temps est sans importance. Pour réussir des cannelés, les gars, c'est plus de 24 heures de préparation, vous saviez ça? Pour un tout petit gâteau de rien du tout, il faut laisser infuser la vanille 10 heures dans du lait. Il faut laisser reposer environ le même nombre d'heures. Et seulement après ce long entracte, on peut passer aux choses sérieuses. Beurrer le moule. Avec les doigts, j'ai toujours préféré. Puis passer au four. Je suis restée devant ce four pendant tout le temps qu'a duré la cuisson. Je surveillais avec mes yeux, je mesurais la température à l'aune de mon odorat, trempais la pointe de mon couteau et d'un coup de langue, appréciais l'avancée de la cuisson de mes gâteaux.
Il faut du temps pour réaliser un bon gâteau. Il faut s'asseoir, il faut prendre les ingrédients avec les mains, il faut les remuer avec énergie si on veut qu'ils se mêlent harmonieusement, il faut avoir le temps.
Il a fallu fendiller les deux gousses de vanille sur leur longueur avec la pointe d'un couteau, elles ont libéré un souffle sucré que j'ai été incapable d'ignorer. J'ai entendu ce bruit de bulles très caractéristique du lait en train de bouillir, j'y ai plongé la vanille avant d'éteindre la plaque. Les deux bouchons de rhum que j'ai versé dans ce mélange ont aromatisé la cuillère que je n'ai pas oublié de lécher. Le lendemain, j'ai cassé plusieurs œufs, en ai séparé quelques uns (pas suffisamment), ajouté du sucre, le reste de la recette, je l'ai oublié.

... Il faut du temps. Il faut avoir le temps. Pour faire un gâteau. Pour le manger.
Pour tout le reste.
Je n'ai pas le temps.
Je vais le prendre.

mercredi 3 décembre 2008

Ich liebe dich Lili Marlen





Si je tourne un peu la tête, par le velux, je vois la peinture qui s'effrite, ce nom qui s'étiole.

Confluence: action de se rencontrer, de se rejoindre.

Mouais. On dira ce qu'on voudra mais, il semblerait que ce qui est fait peut être défait. Sans grande difficulté en plus. Et si j'aime la peinture écaillée sur les volets, les murs qui s'effritent me font mal au cœur. Pourtant, si je tourne un peu la tête, regardant ce nom qui s'étiole, je ne peux m'empêcher de penser à cet autre mur, dont la chute aura changé les choses pour tout un tas de gens, pour tout un tas de vies. Parfois, un mur qui s'effrite, c'est une frontière humaine qui craque, des défenses qui sautent et le flot. La vague d'humains qui se bousculent, fait craquer les digues du mur abattu, et se déverse dans l'espace encore vierge de ses pas, embrasse d'un seul mouvement houleux et régulier les corps qu'il y a encore quelques minutes, on ne faisait qu' espérer. Des murs qu'on met à terre jaillissent des corps qui se redressent et se rejoignent. Deux rivières qui se mèlent. Confluences...
Je me souviens avoir un joué à un jeu avec un que j'aimais très fort, c'était un jeu de questions, il fallait se balader dans une forêt, entrer dans une cabane, et franchir un mur... Je me souviens avoir répondu que je grimpais dessus et y restais longtemps, longtemps, je laissais mes pieds pendre dans le vide en regardant le paysage, je fumais une cigarette...
Ce n'était qu'un jeu mais je me souviens qu'il m'a dit: "le mur c'est ta représentation d'un problème et ta manière de le résoudre'".

J'ai rêve cette nuit que je taguais sur ce mur.
J'y laissais mon empreinte avant de passer à autre chose.



vendredi 28 novembre 2008

Un mot

Je propose que nous nous arrêtions en ville pour boucler nos valises. Nous pourrions filer tout de suite, ou nous donner le temps de régler certains détails... Vous me prennez un peu de court, je n'ai donc rien de très précis en tête... Savez-vous que nous venons d'effectuer une descente à faire pâlir de vrais professionnels...? Mais d'où sortez-vous nom d'un chien...?! (J'ai levé les yeux une seconde pour voir si elle n'allait pas nous précipiter dans les écueils. J'ai suivi du regard un vol de colverts qui remontait la Sainte-Bob et s'élevait en bifurquant vers les terres. Comme elle avait le dos tourné, j'ai avancé la main en direction de ses cheveux, mais je n'avais pas le bras assez long, c'était juste pour m'amuser.) Vous savez pourquoi j'ai voulu partir sans vous? C'est parce que je fais tout de travers. Je mériterais d'être pendu à cette corde que j'ai autour du cou. A moins que je ne trouve une autre façon de m'en servir. D'ailleurs, il me vient une idée à ce propos, mais il est encore trop tôt pour en parler.
P.-S. : Ne me dites rien. Nous sommes bientôt arrivés.*
*Philippe Djian, Assassins

mardi 25 novembre 2008

Dis...





Elle avait amorcé un virage dangereux, elle découpait sa petite forme frêle et dansante sur le ciel gris. Elle remontait lentement puis retombait avec légèreté. On ne voyait qu'elle, sa petite forme blanche aux bords incertains, comme le voile d'une jeune robe qui tourne et se soulève. Sur le ciel gris. D'un coup, sortant subitement de votre champ de vision, votre cœur se serre un peu, et vous restez perdu, le nez en l'air, autant chercher un flocon dans une avalanche. Puis, vous la retrouvez et votre danse avec elle peut reprendre, votre respiration est plus profonde. Vous espérez que sa douceur vous caresse. Vous tendez vos mains et les fermez sur le ciel gris. Elle virevolte sans cesse, passant d'un courant à un autre, échappant à votre main, vous mettant au supplice de jamais la toucher. Un mouvement de votre part, et elle s'élève au dessus de votre tête, tourne autour de vos épaules et vous rend fou.

D'un haussement de sourcils, vous avisez le feu passé au vert. Vos pensées reprennent leur cours et vous traversez la chaussée d'un pas léger. Après tout cette parenthèse dans votre journée, n'était bien qu'une parenthèse, un peu de temps entre le temps.
Ce soir quand vous poserez votre manteau, il se pourrait que dans une de vos poches, vous extrayiez cette petite plume blanche, à peine un duvet. Et que d'un souffle, vous recréiez du temps entre le temps.

Rien de bien méchant...

Il envoie parfois des jeux par-ci, par là... Me demande de jouer. Parfois. Des devinettes, nénette, c'est pas bien compliqué. Et ça permet parfois de mettre des images de vie sur des pages noires. De se rendre plus tangible. Aussi.


Quelle est la première image qui se présente à vous quand on vous parle de votre enfance ?

Il y a tout d'abord ces longues promenades enfantines sur les joues de ma mère, duveteuses et chaudes... Quand elle était plus jeune, poudre Chanel et le parfum Canoë. Le savon à raser de mon père et l'after-shave Tabac. Les premières odeurs de ma vie.

Le couloir qui me menait en vacances à La Ciotat, et la brise qui distillait ses fragrances d'eau salée, de sable et de lauriers roses. Le pli de mon coude odeur de soleil et d'Hawaian Tropic...

La mort frappe à la porte. Que choisissez-vous d’emporter dans l’autre monde ?

Je l'ignore. Peut-être penserai-je "déjà?, je ne suis pas prête. On n'est jamais prêt pour ce genre de rencontre, ne peux-tu pas revenir un autre jour, vois, j'allais faire du thé, il fume encore, tant qu'il fume, ne viens pas, ou alors laisse-moi achever avant de m'embrasser, on n'en a jamais vraiment fini c'est vrai, mais..."
Je penserai ...

Livres que vous avez toujours désiré lire, sans avoir jamais trouvé le temps de le faire ?

J'ai toujours le temps pour lire. Je ferai tout pour l'avoir toujours. Les livres en revanche que j'ai essayé de lire comme un qui n'a jamais grimpé et qui s'attaque à la face nord du Mont-Blanc. Qui renonce. Hélas. Sont trop nombreux.

Vous croisez George Clooney dans l’ascenseur. “Quel genre de femme êtes-vous”, vous demande-t-il.

Une qui va bien. Merci. Et vous?

Si vous en aviez eu le choix, auriez-vous préféré être un roi ou une reine ?

Un reine qui ne serait pas intimidée, n'aurait pas la crainte du vide, se remplissant elle-même de sa propre substance. Elle serait un mélange des deux Marylin, aussi attachante que le Docteur Jerry mais aussi creuse que Mister Love. Une sorte de Jessica Rabbit marchant, haut perchée et ne comprenant pas tout du monde qui l'entoure, et j'allais dire tant pis, elle n'est pas faite pour ça.

Préférez-vous nager dans une rivière ou dans la mer ?

Les deux mon capitaine! Les rivières sont froides et pleines de bulles. C'est un délicieux frisson. Il faut nager pour se dégager de l'étreinte du froid. La mer, c'est... Autre chose. Un balancement. Une berceuse. Je ne nage pas dans la mer. Je plonge chercher des oursins. Je vais au fond, pour voir si je peux ramener du sable dans ma main.

Que devrions-nous faire en priorité pour la planète ?

La réponse de mon prédécesseur me glace.

Et qu’aimeriez-vous que l’humanité fasse pour vous ?

Que peut-on? En réalité, savons-nous faire quoi que ce soit?

Votre petit-déjeuner habituel ?

Très long. Je lis le temps que la cafetière fasse bloup-bloup. Je reste près de la plaque, souvent je suis pieds nus, enroulée dans une couverture, un livre à la main, pendant que grillent les tartines, une cigarette dans la bouche.

Aimez-vous écrire la nuit ?

Oui. La nuit offre à l'écriture une sorte de suspension du temps et de l'espace. Plus rien n'existe que l'instant d'écrire. La lumière n'est pas la même. J'écris dehors les nuits de printemps et d'été. L'hiver me plonge dans le sommeil.

La dernière fois que vous étiez ivre ?

...

Pensez-vous que de grandes œuvres comme “Hamlet” ou “Don Quichotte” sont encore à venir ?

Il y en a plein. De grandes œuvres et d'autres plus modestes qui font écho.

Le plus gros mensonge de votre vie ?

Que je ne mens jamais.

Que transportez-vous dans vos poches ?

Du tabac, des feuilles et mon briquet.

Un désir en particulier ?

Immédiat? Faire l'amour dans l'après-midi, reclus. Ailleurs.

Que diriez-vous d’un barbecue sympa avec Gustave Flaubert un de ces jours ?

C'est une plaisanterie?

Paysage préféré ?

Différent d'un instant à l'autre. La montagne. Le grand large. C'est différent.

Période de la journée que nous n’aimez pas ?
Quand je pars et quand je reviens.

Dernier mot que vous aimeriez prononcer avant de mourir (mieux vaut prévoir la chose pour le cas où rien de bon ne viendrait à l’esprit le moment venu) ?

Attends! Encore un peu...

Un boulot que vous n’auriez jamais pu faire ?

Hôtesse de l'air. Même si "toute ma vie, j'ai rêvé, d'avoir, d'avoir..."

Citation préférée que vous pourriez vous faire tatouer sur le bras ?

"Je sais bien que tout le monde fait ça mais c'est jamais marrant de faire comme tout le monde. Enfin moi, ça m'emmerde."

Quand il se met à pleuvoir, vous continuez de marcher au risque d’être trempé, ou vous vous abritez au risque de manquer votre rendez-vous ?

Sous mon parapluie jaune, je ne crains pas la pluie.

Si vous aviez la possibilité de voyager dans le passé, quel siècle aimeriez-vous visiter ?
Le vingtième siècle.

Vous arrive-t-il de manger du pop-corn au cinéma ?

Jamais de la vie ! (je plagie mais je n'ai pas mieux...)

Décrivez l’endroit où vous écrivez.

Si tu savais comme il fait froid dans mon bureau sous les toits...

jeudi 20 novembre 2008

Et sans cesse... écrire

Il faut écrire pour ne pas oublier. Fixer sur un négatif ce qu'il y a eu de positif. Imprimer dans les lignes, les virgules et les traits, ce qui un jour a existé. Et retrouver dans l'après, l'impression d'une réalité. La preuve.

"Il t'en faudra du temps pour te dire que tu ne t'es pas trompé"


Cette phrase, je l'avais oubliée.
Il faut inspirer profondément avant d'ouvrir les yeux à ce qui n'est pas encore.

Je crois que les correspondances physiques ne s'expliquent pas.
Je pense à sa façon qu'il avait de me glisser sa langue dans l'oreille, sur l'oeil, dans la bouche. Nous ne nous comprenions pas. Et pourtant mon corps.
Garde l'empreinte de son passage.
Les corps ont leur propre langage.
Une langue passée sur mon oeil.
Ma langue passée sur un torse. Laisse une trainée de poils sombres hérissés.
Le langage des corps, un battement sourd et nerveux. Tendu vers l'avant.
Il faut inspirer profondément avant d'ouvrir les yeux à ce qui n'est pas encore.

Le langage de la tête, en envolées et lignes de fuite. Nerveux aussi. Rejeté en arrière.
Il faut expirer profondément avant de fermer les yeux à ce qui a été.
Et sans cesse... écrire.

"Vous me rendez à moi-même, parce que vous ne vous laissez pas posséder".

J'écris en silence devant les arbres jaunes.

lundi 17 novembre 2008

Le serpent





Rampant sur le ventre, le cou contracté, les muscles tendus. Les genoux fléchis comme pour se relever. Le corps cassé, buste écrasé. Parfois l'amour se fait comme une guerre. La tête qui retombe en ballotant, droite-gauche-droite-gauche-droite, les yeux qui s'ouvrent ou se ferment selon l'instant, plongeant le grand corps blanc du lit dans un état stroboscopique. Les étincelles qui se substituent aux formes et aux couleurs. Rien que le halètement. Parfois, escalader un corps, l'horizontal d'un drap, se vit comme grimper à un arbre, bras et jambes entourant le tronc, les flancs griffés, brûlés de tant frotter. Respirant par la bouche, par le nez quand la bouche est prise, l'air passe mal. Ce manque d'air qu'on cherche à combler. Respirer de plus en plus fort. Mais pas de plus en plus profondément. Comme un fait exprès. Parfois, l'asphyxie se vit plutôt bien. Comme un manque d'air que seule la bouche de l'autre peut combler. Comme un bâillon de plaisir. La figure suspendue dans le vide, le plancher semble si loin. Le va-et-vient du sol dans les yeux. Une vague nausée qui passe. Parfois l'amour tangue comme un voilier par gros temps. De ceux où l'on reste tranquillement à quai. A l'abri. Un tambour dans la poitrine, l'envie de l'expulser, les abdominaux comme une ceinture, les veines du cou saillantes sous l'effort. Parfois l'amour est une compétition.

Rampant sur le ventre, le dos agité de soubresauts, les bras coulant comme deux serpents. S'enroulent autour du corps derrière soi. Le buste pivote. Les yeux se plantent dans le regard, le cou tordu, les cheveux dans la bouche, la colonne assouplie de l'effort. Échauffée. Un son rauque. Qui ne s'entend que rarement. S'échappe. Comme un délit réparateur. Les yeux s'ouvrent. Se ferment. Plus doucement. Le corps retombe dans son lit et retrouve le cours de sa respiration normale. Un écoulement.

Un bras sous le ventre.

Un bras sur l'autre. Corps.

mercredi 12 novembre 2008

Haïku

Na ga naku te subesube to suru hanmokku


N'ayant pas encore de nom
donc
ce hamac est lisse et glissant


Niji FUYUNO

Métro, ligne, station

Il revient ce poinçon au cœur de la fille.

Métro ligne 5 station Jaurès.

Ça sonne bien ça. Un nom qui se pose là. Et alors que j'imagine son appartement, vieilli, sans télévision et garni de plantes, je veux descendre de la rame et sucer, juste pour moi, encore un peu, cette pastille amère de sa sueur.

Alors que j'avais voulu rejoindre la place du grand homme à pied, je me retrouve, Pinocchio de ma frustration, à Pantin. Cette blague.

Bon, métro alors.

Je lève les yeux après le tube noir.

Métro ligne 5 station Jaurès.

Putain.

lundi 10 novembre 2008

J'ai imaginé la fin du conte

J'avais oublié ce passage du conte de Blanche-Neige. A la fin, la sorcière meurt avec aux pieds des souliers rougis au feu. Les pattes folles s'agitent et dansent. Saint Guy est appelé pour la mort de la sorcière. Alors elle danse. Et meurt en frénésie.

Et puis, une fois le noir revenu et le silence. Je laisse flotter en moi le foulard rouge. Blanche-Neige a dansé avec le prince. Le corps entouré de bandelettes blanches, j'ai rêvé cette nuit que les murs de mon appartement s'élargissaient.

Au bout d'une persistance rétinienne, je me suis souvenue que le sexe c'est "toujours ça de pris sur la mort". Et je me demande à quoi je penserai quand mes bras s'agiteront sans ordre en direction du plafond. Je me demande si mes pieds s'agiteront, rougis par le feu de la vie qui ne sera pas encore partie.

Les rêves me font et refont danser au bout des doigts tendus et des verges aussi. Imagine cinq minutes dirai-je alors, la profondeur avec laquelle j'ai dansé, la ferveur de mon corps et l'humidité ambiante. De l'écume s'écoulera des mes oreilles. Battement de l'âme, je transpirerai de la neige. Je pisserai du sperme et les murs seront tapissés d'une mousse brumeuse. La peinture des murs de ma vie élargis sera jaune.

A la fin, je tournoierai dans les bras de Garcia Marques, je fermerai les yeux sur le bison, sur beau brun, sur le fantôme et leurs odeurs seront coincées entre mes dents. Et d'autres. Je sais dans quelle partie du corps je garderai chacun. Certains devront faire de la coloc. A la fin.

Je me retournerai pour ramasser le briquet de mon père et les prunelles bleues de ma mère. J'aurai à la ceinture le long scalp de ma sœur, une immense queue blonde pendue à mon côté. Les murs s'élargiront de plus en plus.

Qu'avons nous pris sur la mort? Le sexe. C'est toujours ça.
Je crois que nous lui prenons bien plus. La vie, c'est pas rien. Quand même. Nos cent ans de solitude. Les lambeaux de chair que nous griffons. Pour pouvoir les garder sous nos ongles. Rien de moins. Les écorchures que nous ne laissons pas cicatriser. Pour les lécher, toujours.

Et que je crie quand sera venu le moment, oh oui, que je bave de tristesse au moment où les vies que j'aime seront effacées.

Et que je crie et que je bave quand le moment sera venu de vivre.
Parce que c'est la même chose. En plus organique. Un rire en plus.



Au centre de l'oeil, une fourmi se noie dans le soleil

vendredi 7 novembre 2008

Emménagement

Ce n'est qu'après avoir posé mes pieds sur la moquette rouge que j'ai compris. Elle a pris mon manteau et l'a accroché dans la penderie. M'a légèrement touchée le bras pour m'inviter à entrer dans la cuisine. Nous nous sommes assises à la table orange, elle a ouvert un placard, hop, deux verres; un petit coup d'épaule déjà habitué l'a refermé. Elle m'a regardée avec ses beaux yeux, a souri, a dit qu'elle était heureuse en nous versant le vin qu'elle avait acheté pour ma venue. J'ai fait le tour de son appartement.


Son appartement.
Son...
L'espace de sa vie qui démarre...
L'amour qui emménage...


Nous avons fumé plusieurs cigarettes sur la minuscule terrasse. Nous avons parlé, un peu. Nous avons observé le silence. Il y a toujours eu des silences entre nous. Plus jeunes, nous ne savions pas nous parler, disant que nous n'avions rien à nous dire, mentant sans cesse. Ou nous racontant tout l'inverse de ce que nous aurions dû nous dire. Nous avons passé vingt ans de nos vies côte à côte. l'une sans l'autre.


Et c'est en posant mes pieds sur la moquette rouge que j'ai compris qu'on ne rattraperait jamais le temps perdu. Le silence qui nous lie se balance au rytme de mon manteau sur un cintre dans la penderie de ma soeur. L'amour que nous ne nous sommes jamais permis plus tôt et qui n'en est encore qu'à ses balbutiements flotte en l'air dans nos haleines bleues, au moment de l'expiration du tabac, quand les mots n'ont plus de sens. Nous sommes deux femmes pour qui les mots sont importants. Nous parlons beaucoup. Nous parlons profond. Nous sommes des foreuses d'âmes. Nous n'avons pas peur.


A moins que...
Je ne mente...
Je mens...


Tu es la personne que j'aime le plus au monde. Je t'aime et t'ignore. Les secrets de ton coeur, ses battements me sont inconnus. Je connais tes colères explosives, ta pudeur et ta détermination, je connais ton courage. Mais j'ignore tout de toi. Et pourtant je t'aime.


Je n'ai jamais autant aimé quelqu'un que je ne comprends pas. Pour toujours tu es ma soeur et jamais nous ne serons proches toutes les deux. Nous ne l'avons jamais été et le temps ne se rattrape pas. Nous faisons de notre mieux. Et nous continuerons ainsi le reste de nos vies. Nous tentons de mieux nous connaître. Sans vraiment le savoir, nous avons conscience que nous nous ignorerons toujours un petit peu, un tout petit peu...


C'est à travers mes pieds sur ta moquette rouge, le coeur serré que je t'ai dit en même temps bonjour ( ma bouche) et au revoir (mon coeur).








Ma soeur.

mercredi 5 novembre 2008

La jeune femme et le renard





Parfois, au bout d'une vibration...
Un mot, une intention. Un désir.

Comme plongée dans le noir d'une eau profonde, on se sent le bout des doigts gelés et le ventre frissonnant. La ceinture. De chair de poule.
L'esprit raisonne. C'est le froid.
L'âme répond. C'est autre chose. Une intention.

J'ai vu le petit prince s'avancer vers moi, son écharpe. Sa main avancée vers le déséquilibre. De l'avant.
L'esprit raisonne. Avant quoi?
L'âme répond. C'est toujours avant que l'on ressent le déséquilibre. Avant. Une intention.

Le renard est grimpé dans l'arbre. Le petit prince, le nez en l'air, a joué du bout des doigts avec le plumeau roux. A portée de sa main ouverte. Le renard se balance.
L'esprit raisonne. Le regard vers le bas.
L'âme répond. Je lui caresse la main. Une intention.

Comme flottant dans une gangue humide, on repousse de ses mains les parois. On pousse. On sort. De son propre ventre.
L'esprit raisonne. C'est la fatigue.
L'âme répond. C'est autre chose. Une intention.

J'ai observé le petit prince. Il essaye de me parler pour me faire descendre. Il disparait pendant longtemps. J'attends qu'il revienne. Je cherche sa main avancée.
L'esprit raisonne. Sa main?
L'âme répond. Pour la lui lécher. Une intention.

Le renard est descendu de l'arbre. Il a trouvé au sol un pétale de rose. Il a suivi la direction. Le petit prince n'était pas loin. Le renard s'est lové au creux de ses jambes. La main du petit prince a effleuré l'échine. Une larme.

L'esprit questionne. Pourquoi?
L'âme répond. Le plaisir. L'envie de recommencer. Et dans sa main une rose. Une griffure.

L'esprit dit Attention.
L'âme en désaccord. Ne sait que répondre.

lundi 3 novembre 2008

Fly me to the moon

Les bottes grimpent lentement, lentement. Les effets de la résine et du vin se sont dissipés depuis longtemps. Les conversations de la soirée se sont évaporées dans l'éther. Il est minuit et demie. Les vêtements sont tombés au sol. Ont été ramassés. Rangés dans le vestiaire bleu. Au poignet s'est attaché la pochette contenant la clé et quatre petites capotes. Une serviette jetée sur l'épaule, un paréo s'enroule sur le corps. Les yeux se voilent. Les lunettes se posent au fond du vestiaire. Un regard qui n'est pas étonné. Étonnamment.

Les pieds nus descendent lentement, lentement. Les jambes nues traversent le salon tamisé. Une lumière bleue. Les pieds dans un bassin d'eau fraiche. Le paréo se déroule. La serviette est accrochée. La pointe des seins se durcit. Puis s'amollit au contact de l'eau bouillonnante du jacuzzi. Le cul taquiné pas les bulles. Dans les yeux, un couple s'embrasse. La main repousse doucement un torse aux yeux d'extas(i). Un regard qui n'est pas en danger.

Les cheveux mouillés sont défaits. Ils collent au visage. La chaleur. Il fait 75° et le corps évite tout mouvement inutile. Inutilement. La main se promène sur le plancher de bois, passe la pulpe des doigts sur la surface glissante de l'aine, remonte sur l'arête du nez, se perd dans l'autre main. Les yeux dérivent de nuque en nuque, devinent les gouttes qui coulent le long des épines dorsales et vont mourir entre les fesses. Un regard pudique. Qui jette un voile.

La main d'abord caresse le mur lentement, lentement. Le paréo couvre les yeux. Une lumière rouge. Une ombre de stries. Des persiennes. Le bras se tend en l'air, puis les jambes, à coup sûr les fesses. Quatre mains vont et viennent sur le corps fin et rouge. Il s'agit d'un jeu. Dis-moi comment tu caresses, je te dirai qui tu es. Les sourires. Enfin. Les yeux distinguent des silhouettes striées. Des persiennes. Des personnes derrière. Les yeux les cherchent en brillant. Une allumette craque au fond des prunelles rougies. Un regard allumeur.

La gorge gronde. Un peu de liquide s'écoule entre les jambes. Les yeux brûlent.

Le froid n'est pas si saisissant au-dehors que je l'imagine.
Le matin suivant, mes baskets avançaient lentement, lentement. Ma main frottait les murs à mesure de mon avancée. Ma bouche goutait les morceaux de clémentine et le caviar d'aubergine, tendus par les commerçants de mes dimanches. Mon cœur ressentait la rage qui fait courir. Mes yeux avaient retrouvé leur vue de myope qui se corrige. Un regard sans regret.

mardi 28 octobre 2008

F.

Elle arrive. Ma douce amie venue des hauteurs. Elle descend. Je ne vais pas tarder à monter, je crois. J'aurai bientôt terminé de tourner en rond gris, vue sur asphalte, rien dans les mains, rien dans la bouche -dommage.

Je traverse la rue à pied en cavalant comme une damnée. A la poursuite...? Et puis ralenti, fondu sur les cheveux envolés et trempés de pluie sale. Le visage s'éclaire un peu sous la lueur mouillée d'un réverbère. Elle arrive. Et avec elle, les souvenirs de la montagne aux fleurs de camomille et au torrent gelé où nous nous sommes baignées en négatif noir et blanc. Avec la ville, je quitterai le numérique. J'essaierai d'apprendre à développer mes propres photos. Je traquerai l'erreur comme à la recherche d'une amie longtemps mésestimée.

Contre-plongée sur le visage qui se lève vers les gouttes noires. J'inspire. Bientôt. Je prendrai des goulées d'air chargées de mousse verte et je mangerai l'écorce des arbres. Elle arrive. Et avec elle, le rappel de ce que je me suis promis. Changer d'air, changer de peau. L'âme commence à muer. J'aurai peur du noir le soir. Un truc normal. Parce que, où j'irai, les nuits seront sombres. Comme elles l'ont toujours été. Je me shooterai au silence vivant du vent sur les cimes.

Elle arrive. Et bien que l'heure ne soit pas encore venue, l'envie de repartir avec elle est grande.
Bientôt.

lundi 27 octobre 2008

Trop / trop peu, dialogue in

Je n'y arrive plus.

Mon énergie semble s'être déplacée ailleurs...

Tu sais, maintenant je prends des photos. J'exerce mon œil, j'ai envie de voir.

Même l'œil se fatigue, tu vois?

Comme si j'étais fatiguée de ressentir uniquement à l'intérieur, j'ai besoin des traces visibles de ce ressenti. Et je suis triste que les mots ne semblent plus suffire.

En réalité, je ne crois pas que ce soient les mots qui soient insuffisants.

Je changerai d'avis comme de chemise. J'en passerai une nouvelle, la matière sera différente, les motifs aussi...

Ou pas du tout.

Ils ont simplement perdu de leur poids et de leur profondeur.


"ça peut finir demain..."

Je ressens maintenant l'aléatoire de mes choix, de mes envies, de ma créativité...

Le mouvement de la vie en quelque sorte... C'est plutôt pas mal.

La sensation que les mots ne m'expriment plus.


"ça peut revenir demain..."

Ou pas...

jeudi 23 octobre 2008

Where do you go to my lovely

Je me mords l'intérieur des joues depuis cinq minutes et me taille les veines d'ennui depuis deux heures.
On pourrait appeler ça "Hara Kiri dans un taille-crayons". C'est un moment idéal, l'ennui. Mesurer un instant la vacuité de l'existence. Profiter de ce vide un peu fade qui s'étend mollement sur le pull neuf pour se dire...

J'y reviens . Les hommes que j'aime. Pour les faire sortir doucement, sans heurts et sans fracas de ma vie. Comme ils y sont entrés. Avec douceur. Dans un vide un peu fade. Dans un taille-crayons.
Il est toujours temps de s'envoyer en l'air. De tourbillonner dans un courant d'air chaud de leurs bouches, la tête rejetée en arrière et les yeux clos. De leur envoyer ces sourires qu'ils ont créés.

De leur susurrer la valse désuète sur laquelle leurs caresses m'ont fait danser.
De ne jamais les laisser répondre à la question...



mercredi 22 octobre 2008

Une invitation comme une autre...

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mardi 21 octobre 2008

La transe... Dialogue in






Ce n'est pas très compliqué.
Imaginer quelles images peuvent traverser tes yeux au rythme des pales de l'hélicoptère.
Au son ondoyant de la voix du Roi Lézard.



Ce n'est pas très compliqué.
Au début surtout.
A l'instant où l'explosion à lieu dans ta tête et que tu ne vois plus rien que les étincelles colorées,

les tâches de lumière qui ont remplacé les objets devant toi.

La tête qui part en arrière, les yeux.
La bouche qui s'ouvre un peu. Qui sourit.
Un peu.




Ce n'est pas très compliqué.
Imaginer ce que peut être le trip.
Tu vois de quoi je parles.
Ils ont raison dans les films de croire que tout se passe dans le désert.
Ils ont raison.
Parce que tout le monde n'a pas un désert à portée de godasse.
Et qu'il n'y a pas d'endroit qui convienne mieux.




Ce n'est pas très compliqué.
Ne plus savoir pendant un certain temps.
Rien de ce qui s'apprend, s'est appris ou s'apprendra.
Rien que tes yeux qui s'agrandissent.
Comme s'ils cherchaient à voir plus que ce que le regard englobe.






Imaginer ce que peut être le trip.

Ce n'est pas très compliqué.

La transe.

lundi 20 octobre 2008

Les hasards de la culture ou speed dating avec une icône de la contre-culture

Il y a comme ça de ces hasards qui vous ensoleillent une morne journée.

Si je remonte à environ deux ans, c'est une ballade avec mon amie L., nous visitions Ron Mueck, c'était le dernier jour. Un monde fou. Ceux qui sortaient de la visite remontaient la file d'attente exhortant les impatients prêts à faire demi-tour de rester, tant cette exposition était bouleversante. Et elle le fut.

Nous avons ensuite remonté le boulevard Raspail, tourné la tête vers une galerie qui consacrait une exposition à Willy Ronis. La vie est une farceuse et le vieil homme était dans la galerie. Nous sommes entrées, il y avait peu de monde. Nous avons eu la chance de discuter près d'une demi-heure avec ce vieux génie qui nous a dédicacé un ouvrage.


J'ai appris il y a deux jours que Denis Hopper avait été un proche de la Factory, qu'il était peintre et photographe (un merveilleux photographe), qu'il avait "co-signé" un ready made avec Marcel Duchamp, que La fureur de vivre était son premier film en tant que comédien et qu'il avait permis à de nombreux rappeurs de voir leur notoriété littéralement exploser grâce à son film Colors.
L'exposition qui lui est consacrée n'est pas de celles qui font pleurer comme le fut celle de Ron Mueck. Cependant, elle est de celles qui font réfléchir, qui permettent de balayer du regard un demi-siècle de culture américaine, culture politique, artistique et sociale, qui donnent à voir le désarroi d'un monde en mal de création nouvelle et qui paradoxalement fut à cette période l'un des espaces les plus inventifs et les plus créatifs au monde. Cette exposition est de celles qui instruisent sur les mutations d'une société, de sa jeunesse, de ses dirigeants, de ses mythes.
Cette exposition rend hommage à un artsite complet et talentueux, soucieux de son époque , de celles qui l'ont précédé, et de celles qui vont suivre.


La vie est une farceuse. Dans le hall d'entrée, une odeur de cigare est venue chatouiller agréablement mes narines, ainsi que ma curiosité. De la fumée? Dans un lieu public?!!
Réprimant un jubilatoire sourire, j'avisai le nombre inhabituel de personnes massées devant la librairie.
Il était là... Denis Hopper himself, moins fringant que sur sa moto,* moins flippant qu'après ses inhalations de gaz**, un énorme cigare posé sur une soucoupe, souriant, signant les catalogues se laissant prendre en photo...

Je n'ai pas pu résister... J'ai acheté le catalogue (excessif mais, on ne se refait pas...), j'ai grillé tout le monde dans la file (inexplicable mystère), j'ai posé, tremblante, mon pavé dans sa mare (de thé au jasmin). Il a signé le catalogue. Puis aussi, dans un sourire, a écrit "Love"(autant dire un mot gentil, quasiment une déclaration!!) sur l'un de mes cahiers, puis m'a fait un clin d'oeil avant de me laisser filer.

Parfois, je suis une groupie.

En plus, quel bel homme...



*Easy Rider, fastoche...
** fastoche aussi, devinez, devinez...


jeudi 16 octobre 2008

For every kiss you'll give me, I'll give you three... Dialogue in


Découvrez The Ronettes!


Dans le bouquin que je lis tu sais

Ouais, y ' a une chasse à la grenouille

Je lui ai dit merde

Ma jupe va te fouetter la tête

Après tout, c'est de leur faute non?

Tu t'es cru où? C'est pas Dirty Dancing ici

T'as ce qu'il faut?

Faut pas ce laisser parasiter j'te dis

Et sous la jupe y'a quoi?

Never let you go

Premières neiges sur cimes annoncées

Premier bébé à éliminer


Be my baby now

mercredi 15 octobre 2008

Demi-tour

C'est sans doute un jour comme celui-ci que le monde a décidé de tourner en sens inverse.

"quand le soleil n'a pas encore percé l'horizon gris, la Rue parait suspendue hors du temps, enveloppée d'une lueur d'argent. Les réverbères sont éteints... pas encore d'automobiles. le progrès, les affaires, tout dort. C'est la paix absolue, c'est le repos, le temps lui-même s'est effacé*".

Un jour comme celui-ci, vraisemblablement, le train, avant de démarrer, a légèrement reculé.

Un jour comme celui-ci, chercher la Rue de la Sardine, Monterey, US.
Marcher dans les pas de l'auteur de Salinas, dont les mots résonnent si bien un jour comme celui-ci.


*John Steinbeck, Rue de la sardine

mardi 14 octobre 2008

lundi 13 octobre 2008

Ce qui compte...

"Dites-vous bien une chose, les gars: y a rien qui compte, chez une femme, rien n'a d'importance!

Pensez pas esthétique! surtout pas! Pensez pas à ce que vont penser les copains! jamais! Qu'elle soit bath ou moche, haute sur pattes ou basse du cul, le genre limande ou jambonneau, on s'en fout!...

Sa chute de seins fera coupe de fruits, vous la remonterez jusqu'à vos lèvres, béat! Ses jambes noueuses vous feront ciseau autour du bide et vous penserez plus qu'à sa bouche! Vous serez gâteux devant ses fesses plates, leur impudeur vous enchantera! Si elle est froide, à vous de la réchauffer!

Elle sait rien foutre? Démerdez-vous pour lui apprendre!...

De toute façon elle sera belle, elle sera vôtre et personne aura le droit d'y toucher! que vous!...

Et le matin quand le soleil se pointera dans la piaule, vous retrouverez un oreiller transfiguré, recouvert de sourires et de moues tendres, tendu bonheur! Un éblouissement pour vous tout seul! Et merde aux potes qui vont ricaner!...

Une seule chose compte:ce que vous ressentez là-dedans! votre émotion! votre trac! votre timidité! la découverte de sa peau, de sa musique, de tous ses abandons!...

Un bon conseil: sautez-les toutes! N'en laissez pas une seule!...

Sinon, quand c'est trop tard, à la veille du dernier baisser de rideau, juste avant de rendre votre vieux déguisement rapiécé de partout, eh bien vous le regrettez, vous pensez à tous ces culs biens tocs que vous avez négligé, c'est le grand remords, une avant-première de l'enfer, et vous avez l'air sacrément con!..."


Bertrand Blier, Les Valseuses

mercredi 8 octobre 2008

Tu dors..?

Il faut quand même savoir une chose. Cette nuit, j'ai fait semblant de dormir. Oui oui cette nuit, cette fameuse nuit. J'étais fatiguée, ça oui, bien sûr que je l'étais. Mais pas au point de m'endormir dans une maison inconnue non non, quand même pas. Surtout après une belle soirée. En réalité, ça m'aurait bien plu de m'endormir. Mais...

J'étais éveillée. Il faisait sombre. Il était allé faire je ne sais plus trop quoi dans la cuisine - lumière blanche, une ampoule au plafond. Je me suis allongée sur le lit - diode bleue (une enceinte je crois)- et puis j'ai fermé les yeux. J'aurais aimé être réellement endormie. Mais voilà, je ne m'endors pas chez un garçon qui me plaît la première fois qu'il m'invite chez lui.


Il est revenu de la cuisine -extinction de l'ampoule blanche, diode bleue. Il a dû me poser une question, à laquelle je n'ai pas répondu. Je n'avais pas envie de parler. Parfois, les mots n'expriment plus rien. J'ai appris à leur préférer le silence. J'ai gardé mes yeux à demi-fermés. Mes cils formaient un voile qui maintenait l'atmosphère de la pièce bleutée - diode bleue (enceinte sans doute)- dans une brume incertaine.

J'étais éveillée. J'ai vu sa forme sombre s'asseoir au sol. Son visage, que j'imagine fermé, tourné vers moi, incliné vers le sol, je ne sais pas. Je suis si myope. Assis au sol, il a roulé une cigarette dans le noir. L'a allumé -flamme, un éclair sur son visage sombre de barbe- et l'a fumé en regardant, parfois moi, parfois autre chose.

Je ne dormais pas et j'avais du mal à maintenir une respiration égale. Je m'amusais bien, je l'avoue. Tenter de percer ses yeux noirs quand il tirait sur son mégot -point rougeoyant, d'un coup les yeux s'embrasent- et me demander si les miens brillaient. Je l'entendais souffler la fumée et j'aspirais en même temps. Je fume beaucoup. Même la fumée de la cigarette des autres.

Il faut quand même savoir une chose. Quand il a bougé, j'ai sursauté -un scintillement, la médaille autour de son cou peut-être- au fond, j'ai sursauté. La chaleur d'un coup. Le cœur qui bat tant que je n'entendais plus que ça. Il s'est rassis. Une autre cigarette? je ne sais plus.

Je faisais semblant de dormir. Peut-être dormais-je un peu. Finalement.

Avant de se pencher sur moi, il a éteint la diode bleue -noir de la pièce, stries des lumières de la rue, volets en fer, une voiture, puis rien- et la forme noire de son corps s'est approchée de moi.

Un baiser dans la nuit à celle qui dort. Je ne dormis plus. De toute cette nuit.

lundi 6 octobre 2008

Derrière le mur

Un jour, je serai ce que je veux.


Un jour, je serai une idée qu'aucun glaive ne porte.
A la terre désolée, aucun livre...
Une idée pareille à la pluie sur une montagne
Fendue par la pousse d'un brin d'herbe.
Et la force n'aura pas gagné,
Ni la justice punitive.


Un jour je serai ce que je veux.


Un jour, je serai oiseau et, de mon néant
Je puiserai mon existence. Chaque fois que mes ailes se consument,
Je me rapproche de la vérité et je renais des cendres.
Je suis le dialogue des rêveurs.
J'ai renoncé à mon corps et à mon âme
Pour accomplir mon premier voyage au sens,
Mais il se consuma et disparut.
Je suis l'absence. Je suis le céleste
Pourchassé.


Un jour, je serai ce que je veux.


Un jour, je serai poète
Et l'eau se soumettra à ma clairvoyance.
Métaphore de la métaphore que ma langue
Car je ne dis ni n'indique
Un lieu. Et le lieu de mon péché est mon alibi
Je suis de là-bas.
Mon ici bondit de mes pas vers mon imagination...

Je suis qui je fus, qui je serai
Et l'espace infini me façonne, puis me tue.


Mahmoud Darwich, Murale

samedi 4 octobre 2008

Nuit blanche

J'aurais bien voulu passer un week-end tranquille. Finir la lecture de Into the wild. Acheter le dvd peut-être bien et rester à l'abri de mon appartement, en attendant que le soleil aille se coucher.

Sortir à la nuit, déambuler dans un décor de film coloré. Aller à l'opéra. Faire le tour de l'Europe.

Laisser mon coeur battre à l'unisson de ces autres qui me cotoieront cette nuit.

Blanche.

mercredi 1 octobre 2008

Une toute autre vie, Part 2

C'est en promenant mes yeux sur ses pages que je me suis dit que peut-être, il n'est pas de meilleure façon de raconter comment se transforme une regard sur sa propre vie et comment naissent les actes qui découlent de ce décalage observé. J'ai répondu "oh ouais!! je joue moi aussi!".
Plutôt que de raconter, je préfère répondre aux questions qui n'ont pas été écrites pour moi. Et c'est déjà beaucoup.

J'ai fini un livre hier soir et n'ai rien qui le remplace dans mon sac.

Les jours de chance, le câble se libérait d'une traction brutale dans la bonne direction. Tard un après-midi de juillet, je descendis à cinq mètres jusqu'à toucher le tronc lisse et boueux d'un énorme cyprès. J'avançai à tâtons le long de l'écorce et me cognai à l'amas de radicelles d'où je dégageai le câble en le faisant glisser de la racine centrale.

Purple Cane Road - James Lee Burke - 2000

A la lecture de ces lignes, j'aurais tendance à remercier le tagueur qui m'enjoignit à moi, ainsi qu'à d'autres, cet exercice à double fond.
Comme il est parfois plus simple de transcrire un sentiment à travers le prisme d'une phrase étrangère.
Les jours de chance...
C'est vrai.
Mon jour de chance s'est passé il n'y a pas si longtemps. Il n'est pas aisé de prendre certaines décisions, comme par exemple de quitter le milieu professionnel qui me tient éveillée depuis bientôt dix ans. De m'ouvrir à d'autres perspectives de vie.
Le câble se libérait d'une traction brutale dans la bonne direction...
C'est ça.


Il y a 10 ans

Je me cache derrière une paire de lunettes et j'espère de tout mon cœur le temps où maman redeviendra elle-même, le temps où F. m'embrassera à nouveau. Je serai comédienne plus tard et toutes les semaines je me crache dans un clown aux allures de femme abandonnée et nymphomane, mon clown. C'est à cause de ce clown que j'ai compris deux ans plus tard que ce métier ne serait jamais le mien. Il y a dix ans, j'étais malheureuse sans en avoir l'air. Les choses changent...

5 endroits où j’ai vécu

Je n'ai pas envie de les circonscrire aux seules habitations. Dans le désordre un château où j'ai peint les panneaux d'un artiste à 10 jours du vernissage et l'amour dans son parc, un appartement aux fenêtres immenses qui à accueilli mes premiers pas ainsi que ceux de ma sœur et l'amour de ma mère, un autre où j'ai laissé mon empreinte sur le mur un soir d'amour parmi les cartons de ma première installation, un autre un mois de septembre arlésien, les moustiques au réveil, l'amour volets ouverts, un voilier et l'amour au rytme du roulis, mon appartement enfin et l'amour encore... Il y a tant d'endroits... je n'ai pas compté.

3 plats que j’adore

J'aime tout.

5 choses que j’ai faites aujourd’hui

La chance souhaitée. L'érotisme partagé. La promenade nocturne et l'au revoir à mon amie qui part. Les cigarettes, les cigarettes, toujours... plus de cinq en tous cas.

Ce que je ferais si j’étais riche

Je ferai comme le père d'Alexandre Jardin, je laisserais un chèque en blanc dans une cabine téléphonique. Je n'ai pas envie d'être riche, du moins pas trop.

last cigarette : Celle que je fume en ce moment, ça compte?
last alcoholic drink : Saint estèphe 2001, pour l'au revoir de celle qui part. Une bouteille.
last car ride : Une petite qui m'a emmenée dans les montagnes où désormais je veux rester.
last kiss : hier et une main serrée, pour l'au revoir à l'amie qui part.
last good cry : hier, toujours avec...
last book bought : La pièce écrit par Philippe Djian, pour mon père.
last book read : Une promesse. J'ai oublié l'auteur.
last movie seen : La vie des autres, il y a quelques jours. Merveilleux.
last beverage drank : Jus de pruneau.
last food consumed : Un pain au lait tout chaud.
last crush : …
last phone call : Inintéressant.
last tv show watched : aucun souvenir
last shoes worn : Des talons rétro couleur fushia.
last song played : Ave Maria de Caccini
last thing bought : un paquet de tabac et des feuilles à rouler.
last download: -
last soda drank : Pas de soda.
last thing written : Voir plus bas.
last words spoken : Faut se mettre en pilote automatique, j'vous l'ai déjà dit les filles!!
last ice cream eaten : -
last webpage visited : ma galerie photo

Je crois que cette histoire a encore besoin d'épisodes. Je n'aime pas les questions courtes. Elles n'amènent que de courtes réponses.

lundi 29 septembre 2008

Une toute autre vie, Part 1

L'allure était folle, du genre qui donne la nausée. Et qu'est-ce que je fais ici, comme question récurrente. L'allure était folle, du genre à ne plus distinguer aucun détail du paysage filant derrière les vitres. Un grand flou. Une envie de vomir ma tête comprimée par la question "qu'est-ce que je fais ici?".
Le cheval à bascule, retourné sur le flanc, hennissait, ne recevant pour seul écho, que la sonnerie des portes de métro se refermant dans l'obscurité chaude des tunnels souterrains.
Les couleurs dorées de la montagne s'étaient ternies, perdues dans un brouillard tristement épais.

J'ai ouvert la porte du train, les gonds rouillés ont cédé sous la pression de mes bottes, je me suis cassé tous les ongles, mes cheveux ont été arrachés par la puissance du vent engouffré. Le vent a séché les larmes qu'il faisait monter à mes yeux.

Je ne pouvais plus respirer. Une envie de dormir pour fuir la question "qu'est-ce que je fais ici?".

J'ai empli mes poumons d'air. J'ai fermé les yeux. J'ai sauté du train.




mercredi 24 septembre 2008

Verjus

"Même convoitée par la main avide,
L’orange ne semble jamais pressée"

Sur la peau de l'orange, assise négligemment au sommet de la corbeille. Sa peau épaisse, quand on la tient dans la main...

Une odeur vitaminée, qui pétille presque. Elle met de bonne humeur cette orange. Et d'un coup je voudrais la percer d'une aiguille, un trou minuscule qui laisserait échapper une goutte. Une goutte qui goutte à goutte sur les lèvres asséchées et la langue qui goûte ce jus qu'elle a tant désiré.

Mais avant de connaître la fin, qu'en est-il de la main? Relais des narines sitôt l'arôme repéré.

Il fait sombre dans la pièce et les yeux sont inadaptés à l'obscurité mais il faut bien l'atteindre ce fruit pour étancher sa soif. Il faut le chercher, et passe la main sur la rugosité de la table et entame l'ascension sur la corbeille. Que de fruits à grimper. Tentation du raisin, mais non c'est l'orange que je veux. Et la rondeur ferme et grainée de cette peau d'orange, je gratte un peu, un peu d'huile parfumée sous le doigt que je suce.

Faire le tour de l'orange et puis sentir les résistances tomber sous la caresse de l'ongle. Il se laisse dévêtir ce fruit si convoité, mais ce n'est pas fini, reste la peau douce et blanche comme l'intérieur d'une cuisse.

Et la pulpe enfin, petites alvéoles gonflées à bloc de ce jus qui m'enivre. Les percer une à une et avaler goutte à goutte cette orange sans la presser...

Comme les autres

"Ecoute-moi, j'ai ajouté, ça m'a jamais rien rapporté d'aller baiser à droite et à gauche, non, jamais rien. Je sais bien que tout le monde fait ça mais c'est jamais marrant de faire comme tout le monde. Enfin moi, ça m'emmerde."

37°2 le matin, P. Djian

mercredi 17 septembre 2008

Un coin sans lumière

C'est drôle, les gens croient que faire un lit, c'est toujours faire un lit; que donner la main, c'est toujours donner la main; qu'ouvrir une boite de sardines, c'est ouvrir indéfiniment la même boite de sardines. "Tout est exceptionnel"(...)

"Hier il pleuvait, aujourd'hui il fait soleil; hier j'étais triste, aujourd'hui M. vient. La seule chose qui ne change pas, c'est que je n'arriverai jamais à donner à ce lit un aspect présentable."

Mais cela ne fait rien, les femmes aiment le désordre d'une chambre de garçons, elles peuvent sourire - la mère en elle montre toutes ses dents- et arranger les rideaux, changer de place un vase, une chaise, dire : Il n'y a que toi pour avoir l'idée de mettre cette table là, dans un coin sans lumière.

Julio Cortazar, Les armes secrètes

mardi 16 septembre 2008

Cadavre exquis 1 *

On garde ses lunettes de soleil pour dormir...

Dormir sous un ciel étoilé, tel est le bonheur de chacun,
mais est-ce vraiment ce que je désire...

Désir intense et flou à la fois qui part...

Part? Ma part? Mais bien sûr que je l'ai prise!
Et encore, d'aucuns disent que c'était congru comme portion. Ouais...

Ouais ben quoi! Elle te plaît ma gueule? Elle est comme elle est.
Entière, balafrée. Elle me ressemble...

Ressemble à s'y méprendre à la première phrase et...

Et je pense qu'on se fait chier à vouloir savoir. Non?



*Un soir d'automne avec F. et S.

jeudi 11 septembre 2008

La nuit face au ciel

"Nourris ce qu'il y a dans ton esprit et ce qu'il y a dans ton cœur et ne laisse pas l'un dévorer l'autre. Ainsi, tu ne seras jamais prisonnière.

Jouer avec les sentiments, c'était tresser la corde pour se pendre. Au mieux, c'était clouter les lanières du fouet et remonter sa chemise.

Ça ne m'empêche pas de me sentir joyeuse car j'écris ces mots dehors, dans une nuit magnifique et je sens le ciel m'aspirer (...)

La route n'est pas si longue mais elle ne finit jamais. Eviter un obstacle, c'est aller au-devant d'un autre. Il n'y a rien de solide sous nos pas.

Et moi non plus, je ne savais pas ce que je ressentais. C'était tout blanc. Ni dégoût, ni colère, ni tristesse. Comme ce vide avant la douleur quand on se blesse quelque part, sauf que ça durait.

Je fouillais mon esprit pour comprendre ce qui n'allait pas mais ça ne servait à rien, il y avait toujours un moment où tout s'éteignait."

Lent Dehors, P. Djian

mardi 9 septembre 2008

La question, dialogue in

Il a été question de pâtisseries, de promenades, d'autels...

Mais tout ça c'est du vent. Rien que le vent.
Il est question d'amour. De celui que l'on donne et de celui que l'on reçoit. Ce n'est pas la même chose.

Il est question de ce qu'on est en capacité de donner et de ce qu'on est en désir de donner.
De recevoir aussi.

Il est question de métaphores, de comparaisons, de faire naître des images par mes mots. Il est question de sublimer le réel, sans pour autant en sortir.

Il est question de s'arrêter de courir quand le souffle vient à manquer.
Respirer un peu.

Il est question de tristesse, de soulagement, tout cela mélangé dans un caractère un peu absurde, alourdi d'images dont le sens m'échappe.

Il a été question d'amour.

Mais l'amour n'est pas une question. Si?

vendredi 5 septembre 2008

Odore di femina

Il fallait comprendre que l'impatience, à cette heure était plutôt de mise.

Même si... Chut!

D'un coup de crayon noir sous la paupière, j'avais tiré un trait d'encre sur toute cette histoire. Et mes mains farfouillant nerveusement dans le tiroir à dentelles trahissaient l'exact opposé. Pas de trait tiré en gras, tu passes à autre chose fillette, non ça non, mais un voile transparent couleur vieux rose, qu'on enlève sans aucun problème, avec une feinte délicatesse, ou qu'on arrache avec avidité... Plutôt.

La poudre dorée irisant le pinceau s'est déposée par un geste ample et habitué de ma main droite, dessiner le chiffre 3, partir de la tempe -léger, léger- insister un peu plus sur la pommette et descendre. Three times....

Mais avant, il y a eu la douche. Quel savon? Je vais essayer jasmin, tu crois?
Il y a un grand miroir qui couvre toute la longueur de la pièce. Alors, demander à ma jumelle aux cheveux plaqués en arrière par l'humidité: quel savon tu penses?

J'ai cherché du courage et du calme dans mon regard inversé, dans mon corps symétrique, je m'envoyais des sourires qui ne me rassuraient pas mais m'assuraient pourtant que la voie vers le jasmin était la bonne. Et puis que jasmin, ça s'harmonise bien avec l'eau de toilette au gingembre.

Et un clin d'œil par dessus le marché, parce que, quitte à se jeter dans les yeux du loup, autant y aller la tête haute, le sourire ravageur et le décolleté crâneur.


mercredi 3 septembre 2008

Conversations, ados 2

Sortie d'école de commerce, jolie brunette vs nouvelle arrivée...

"Ah mais t'en fais pas, j'texpliquerai la différence entre actif et passif... Tu sais, 'faut pas t'inquiéter hein. Moi, avant, j'étais comme toi... une vraie mongole..."

... et c'était dit gentiment en plus...

Conversations, ados 1

Où les adolescentes ne se font pas de cadeaux...

"- Aaaaa.... Aaaaa.... AaaTCHOUMMMMMM!!

- A tes souhaits...

- Berci...

- Aaaaa.... Aaaaa.... AaaTCHOUMMMMMM!!

- A tes amours...

- Berci... (elle pouffe) que les tiennes démarrent un jour...."

Salope va!!

lundi 1 septembre 2008

Aux confluences, dialogue in

Aux confluences d'un nouveau monde, nouveau départ,
nouvelle jupe,
bien sûr, bien sûr...



Nonchalance,
négligence,
résistance,
outrance,
performance,
extravagance,
abondance,
impuissance,
élégance,
béance,
tendance,
voyance...

bien sûr, bien sûr...