lundi 19 novembre 2007

Simple comme un coup de fil

"Allo?...
- J'ai une crise d'angoisse, je sais pas pourquoi..."


Et bien moi non plus, je ne sais pas pourquoi.
Ou peut-être que si. Finalement.

J'aurais bien aimé que les choses soient simples. Fluides.

J'aurais bien aimé un sentiment évident.

Et puis...


Le noir.
La fumée.
La poudre.

Un rose vif illumina les yeux immenses de mon amie. Des bottes de collégienne, fin des années 90. Un gilet de cuir sans manches ouvert sur ses deux seins magnifiques. Un collant. Une guitare.

Et puis...?

C'est tout.

Mon amie se transforme. Il y a un grand canyon entre deux espaces séparés de quelques centimètres. La scène et le reste.

Mon amie est ce qu'on appelle une bête de scène. Elle rugit, puissante créature possédée par une force qui la dépasse et la contrarie. Elle feule, petite chatte aguichante, quand vient le blanc de la note. Elle bat des cils. Elle carresse l'instrument qu'elle tient entre ses jambes comme une bite revendiquée.

"Allo..?"


Mon amie est une femme comme on n'en rencontre pas trois fois dans une vie. Mon amie est une bête, une lionne, un éléphant. Mon amie aurait pu repeupler à elle seule la Terre après le Déluge. Multiple. Il y a du solaire dans ses parts d'ombre. Du brisé dans son corps diurne.


"J'ai une crise d'angoisse, je sais pas pourquoi..."

Et puis... Le noir.

La musique. Encore.
Je ne comprends pas cette force. Je ne la comprendrai jamais.
Je ne comprends pas.
Cet éclat qui a jailli quand la tête de mon ami s'est rejetée en arrière. Quand son regard a balayé la scène.
Ailleurs. A la fois tout à fait le même et tout à fait un autre.
Un homme heureux.
Je ne comprendrai jamais.

Il est des forces qui me dépassent et m'obsèdent. Des choses qui ne se partagent pas. Des séparations d'un mètre. Et tellement plus encore.

Et puis..?

C'est tout.

J'aurais bien aimé que les choses soient simples. Fluides.

J'aurais bien aimé un sentiment évident.

J'aurais bien aimé être moins amoureuse.



"Allo..?"