jeudi 4 octobre 2007

SINDONEMO, Part I

Comme il est difficile d’avoir une pensée continue. Rien n’est lisse.
Le voilier roule sans cesse d’un flanc sur l’autre comme une grosse femme malade. Sans équilibre.

Comme il est difficile d’avoir une pensée régulière. Une vague mélancolie.

Peut-être.

Ricocher d’un flanc sur l’autre. Maintenir l’équilibre.
Un coup la mer, un coup le ciel.

Et je ne sais plus quoi faire. Il faut retrouver ce pourquoi on est là. Qu’est-on sur le moment ? La question de la place en ce monde. Se pose ici.
Je ne sens pas le point d’encre. Je ne sens plus que mes flancs qui roulent au rythme de la houle. Un fil invisible relie ma tête, mon cœur, mes pieds sur le teck.

À la fois ici et ailleurs. Nul ne sait. Le pourquoi.
À la fois riche et difficile.
Devenir quelqu’un de meilleur.

Commencer par rouler sur les flancs comme une grosse femme malade. Sans équilibre. Attendre le point de rupture. Et la vie sera lancée.

Peut-être.

C’est une puissance solitaire que l’on puise au fond.
Là, en bas.
Le courage. La force. Le calme. La paix, enfin.

Peut-être.

Attendre la nuit tombée sur le teck. Sentir le souffle, les murmures des voix. Là, en bas. Qui glissent sur la peau comme l’eau sur les écailles. Afin d’avancer. Enfin.

Peut-être.

Puiser la force, l’état second qui libèrent les mots et les font apparaître sur l’écran blanc. Comme une peau se marque de bleus à chaque coup, l’esprit se noie d’eau de mer, de vent et roule sur les flancs comme une grosse femme malade.
Au bout d’un moment, on oublie le mouvement, on fait corps avec lui. Tout peut alors voler en éclats.

Peut-être.

On oublie alors le pourquoi.
Les repères disparaissent et se dissolvent contre la coque, à chaque passage de la houle. Je voudrais m’évaporer dans une gerbe de mer et ressortir luisante et solide. Je veux tirer sur les bords et m’arracher les flancs contre toute cette eau.

Peut-être.

Boire complètement cet état second qui me traverse et m’en rendre malade. C’est dans l’eau qu’on creuse le mieux finalement.

Peut-être.

Rouler sur les flans comme une grosse femme malade. Toucher au fond. Là en bas. L’identité.

Peut-être.

Alors tout volera en éclats. Attendre que la vaisselle inutile de l’âme se pulvérise. Et retombe en fine poussière sur le corps tanguant sur le teck. En aspirer les particules, remplir son cœur de ce sang ressuscité et boire à cette vie qui recommence.
À la tienne camarade !

En attendant, laisse toi enivrer par le roulis de la grosse femme malade.
Le cœur monte et descend au rythme de la houle.
Et sois patient, tu verras un matin le scintillement des gouttes de soleil sur une eau à peine troublée. La grosse femme malade t’ouvrira les bras dans une formidable amplitude. Tu sentiras un souffle léger au moment où tes paupières se rejoindront. Tu entendras battre ton cœur au milieu d’une flaque d’huile. Tu seras assommé de tant de beauté. Tu pleureras de l’eau de mer et tu en lècheras les gouttes. La boucle sera bouclée.

Peut-être.