samedi 27 octobre 2007

SINDONEMO, Part IV

Je crois qu’à un moment, il faudra qu’on m’explique ce que je fous là. Ou alors, il faudra que je trouve toute seule.

Ce que je fous là, essayer de faire marcher Quick Time, ne pas – surtout pas – écouter l’émission de télé, à me demander ce que je ferai l’été prochain, j’y vais j’y vais pas et puis quoi encore…

Et qu’est-ce que c’est que la Toxine Botulique ?
Et tu sais que la nuit dernière, je n’ai pas dormi ou si peu, le vent s’est engouffré dans le port et son image dans mon esprit. Mon envie de lui. Nous sommes sortis vers 2h du matin. Détendre un peu les amarres, attacher la balancine et je ne pensais qu’à son corps contre mon dos. Presque 60 nœuds de vent. Au beau milieu d’un port.

C’est intelligent ce qu’elle dit cette fille.
« Tu cours après quelque chose non ? »
C’est vrai ça. On court après quelque chose non ?

Je crois qu’à un moment, il faudra qu’on m’explique après quoi je cours.
Ou alors il faudra que je trouve toute seule.

Il me manquera. Du coup, je lui courrai après.
J’aime beaucoup son nom. Il signifie Fraternité.

C’est une jolie langue l’Espéranto.

Je crois qu’à un moment, il faudra qu’on m’explique la part d’ombre et la place du solaire en chacun de nous. Où se situe la limite. Et pourquoi les mots viennent plus facilement avec Bach qu’avec Mozart.
Ou alors il faudra que je trouve toute seule.
Le temps de la dualité n’est pas fini. C’est un flux suivi d’un reflux. Inexorable. Incessant. Infatigable et si fatigant.

Ma préférée c’est la Suite pour violoncelle n°1. La plus connue. Ce n’est pas ma faute. Elle m’a tant plue que je n’ai pas été chercher plus loin.

Novembre approche et les moustiques sont morts. Il commence à faire froid.
Personne ne dort.

A l’heure où les lions ne vont pas encore boire, la part d’ombre est libérée par Bach.

C’est un lever de lune sur l’eau tranquille. Où l’on se prend à penser. Un peu de ci, pas mal de ça. Je n’ai pas bu et l’alcool rend lubrique. Décalage.

Le bateau est le lieu de l’expression de la limite entre diurne et nocturne. Il faut un rythme.

Je crois qu’à un moment, il faudra qu’on m’explique ce qui peut nous pousser à entreprendre de tels voyages intérieurs. Le sexe. Le départ. La chute. La fin. Le besoin.
Ou alors il faudra que je trouve toute seule.

Je n’ai jamais été aussi proche de la toucher cette nuit. Les contours de la béance sont au bout de mes doigts dansants. Puis ils s’échappent, c’est le soleil qui les fait fuir. C’est la fugue. Bach me sauve.

Je n’ai pas encore fini. Je la trouverai ma nuit. L’équilibre.

Mon bateau s’appelle Sindonémo. C’est de l’Espéranto.

dimanche 21 octobre 2007

Oh les beaux jours...

Ce sont d'abord des mains. Qui cachent une force mésestimée.

C'est une odeur. Epicée. Sucrée. Savoureuse.

Ce sont des soupirs. Etouffés dans la peau. Nécessité du silence.

Ce sont des mots. Qui ne sortent pas. Comme cachés. Comme hachés.

C'est un corps d'homme. Fuselé. Puissant.

C'est une pudeur de l'âme. Qu'on pourrait croire ignorée par le corps.

C'est faux.

Le corps qui donne le change. Emouvant.

C'est une douleur. De mes membres fatigués par lui. Mais heureux.

C'est une bouche gourmande. De fille. Charnue.

C'est un souffle. Un baiser dispersé sur mon corps.

C'est une douleur. De mon cou cassé pour l'atteindre.

C'est une trace. Une marque au fer rouge.





C'est une aube.

jeudi 18 octobre 2007

SINDONEMO, Part III

Ils m'auront assaillie les moustiques cette nuit.

De toutes façons, je ne dormais pas. Alors.

Réminiscence. Encore le Sud.

Je vais mieux, ça y est. Il y avait du soleil ce matin.

Et puis, un peu plus loin, un peu plus tard, j'ai repris mon travail au goût de café, d'éveil et de tabac. Comme si c'était désormais intégré. Comme à chaque fois. L'habitude. Le plaisir de sentir que l'habitude est née au bout de trois semaines.

Je dis "mon bateau". Je n'ai pas de maison pour l'instant. Un bateau. Mon lieu de vie. Comment pourrais-je dire autrement?

Les amies m'ont accompagnée à la gare du départ. Elles m'ont dit quelque chose.

Mes amies sont un peu sorcières.






Je n'ai pas envie de partir.

lundi 15 octobre 2007

Maman... Demain

attic dust
finding my mother's
footsteps

poussière du grenier
je trouve des traces de pas
de ma mère

John O'CONNOR

vendredi 12 octobre 2007

La meilleure façon de résister à la tentation...

A l'aube d'un nouveau quoi qu'il en soit, il est temps de revenir sur certaines choses.

J'ai eu un instant la tentation de chercher, de retomber dans ce que j'appelerai la recherche masochiste de l'Autre.
Savoir où il est, ce qu'il fait, s'il pense à moi.

J'ai eu un instant la tentation de replonger dans les souvenirs des moments passés en sa compagnie.

Et je n'ai pas résisté.

Je sais que rien ne vaut le grand déballage. Et puis... rien. Comme si je n'avais pas envie. Comme si ça se faisait contre moi et j'ai encore le goût sucré de l'alcool dans ma gorge et un autre. Différent. Inédit.

La sodomie, on disait réviser l'alphabet. On butait sur le Q alors vous voyez...

Qu'est-ce qui manque le plus?
Impossible de le savoir.

Alors j'ai lâché les voiles.



Je voudrais qu'il me manque tout en sachant que je ne le supporterais pas.

Il ne me manque plus encore.

samedi 6 octobre 2007

SINDONEMO, Part II






Voilà.

Il faut revenir à l'essentiel. Quand vient le moment de...

De quoi en fait?

On n'en sait rien. On sait juste que quelque chose se passe.


Maintenant.



Il y aurait tant de choses, tant de visages, tant de mots. A compiler, à empiler les uns sur les autres.



Il y a un ronronnement régulier dans le ventre de la grosse femme.
La musique est bonne. Le fauteuil confortable et le ronron familier.

Comment tout cela a-t-il commencé?

Je suis comme la grosse femme attachée au trottoir. Entre deux. Ni tout à fait en mer, ni tout à fait sur terre. Je reste sur le bateau, comme si j'avais peur de descendre. Au chaud dans le ventre de la grosse femme. Je suis comme une bite qui aurait découvert l'intérieur de la femme pour la première fois. A la fois à ma place et pas chez moi. Entre deux.

J'attends que la connexion se fasse.

Il faudrait revenir à l'essentiel. Vider les placards et faire une grande braderie. Tout à 10 euros et ce qui ne part pas, on le jette.

J'apprends. A rester à quai. Et j'ai le mal de terre.


Je pense qu'il était temps. Et je sens que le départ est profond. Il faut prendre une grande inspiration avant de réaliser.

Tu sais, le temps de la dualité est passé. Il fallait partir pour apercevoir l'essentiel. L'unité de l'être. Comme la ligne d'horizon confondant ciel et mer par temps gris. On ne sait plus très bien.

Ce que je sais désormais, c'est que la liberté coûte très cher et que j'ignore si je peux en payer le prix.


L'éloignement, une forme pernicieuse de solitude, l'ennui parfois, les pensées qui tournent en rond.

Pour...

La vie en équilibriste à 45°, la vitesse du vent, le bruit des voiles, la force, le sang-froid et le détachement, l'intensité des moments.

J'ai tenu la barre, il y avait beaucoup de vent. On n'avait pas pu ramener le jennack, il trainait, gonflé d'eau par 15 noeuds de vent. "Tiens la barre!" Puis, je l'ai lâchée. J'étais sur le pont, il pleuvait et nous avons remonté la toile tous les trois.

Puis le calme est revenu. Mes mains tremblaient.

Après, nous avons bu du café et je suis rentrée dans le golfe, je tenais la barre, on avait ramené les voiles et le ventre de la grosse femme ronronnait.
Je tirais la langue et je devais me tenir sur la pointe des pieds pour voir le bateau qui me servait de repère.

Le tissu de l'existence est bien plus complexe que l'on ne veut bien le croire, il est riche de mille nuances, il est lisse par endroits, grainé aussi. Il prend la teinte du ciel qui se couvre et scintille par moments.

Il est temps de revenir à l'essentiel.

Revenir?

jeudi 4 octobre 2007

SINDONEMO, Part I

Comme il est difficile d’avoir une pensée continue. Rien n’est lisse.
Le voilier roule sans cesse d’un flanc sur l’autre comme une grosse femme malade. Sans équilibre.

Comme il est difficile d’avoir une pensée régulière. Une vague mélancolie.

Peut-être.

Ricocher d’un flanc sur l’autre. Maintenir l’équilibre.
Un coup la mer, un coup le ciel.

Et je ne sais plus quoi faire. Il faut retrouver ce pourquoi on est là. Qu’est-on sur le moment ? La question de la place en ce monde. Se pose ici.
Je ne sens pas le point d’encre. Je ne sens plus que mes flancs qui roulent au rythme de la houle. Un fil invisible relie ma tête, mon cœur, mes pieds sur le teck.

À la fois ici et ailleurs. Nul ne sait. Le pourquoi.
À la fois riche et difficile.
Devenir quelqu’un de meilleur.

Commencer par rouler sur les flancs comme une grosse femme malade. Sans équilibre. Attendre le point de rupture. Et la vie sera lancée.

Peut-être.

C’est une puissance solitaire que l’on puise au fond.
Là, en bas.
Le courage. La force. Le calme. La paix, enfin.

Peut-être.

Attendre la nuit tombée sur le teck. Sentir le souffle, les murmures des voix. Là, en bas. Qui glissent sur la peau comme l’eau sur les écailles. Afin d’avancer. Enfin.

Peut-être.

Puiser la force, l’état second qui libèrent les mots et les font apparaître sur l’écran blanc. Comme une peau se marque de bleus à chaque coup, l’esprit se noie d’eau de mer, de vent et roule sur les flancs comme une grosse femme malade.
Au bout d’un moment, on oublie le mouvement, on fait corps avec lui. Tout peut alors voler en éclats.

Peut-être.

On oublie alors le pourquoi.
Les repères disparaissent et se dissolvent contre la coque, à chaque passage de la houle. Je voudrais m’évaporer dans une gerbe de mer et ressortir luisante et solide. Je veux tirer sur les bords et m’arracher les flancs contre toute cette eau.

Peut-être.

Boire complètement cet état second qui me traverse et m’en rendre malade. C’est dans l’eau qu’on creuse le mieux finalement.

Peut-être.

Rouler sur les flans comme une grosse femme malade. Toucher au fond. Là en bas. L’identité.

Peut-être.

Alors tout volera en éclats. Attendre que la vaisselle inutile de l’âme se pulvérise. Et retombe en fine poussière sur le corps tanguant sur le teck. En aspirer les particules, remplir son cœur de ce sang ressuscité et boire à cette vie qui recommence.
À la tienne camarade !

En attendant, laisse toi enivrer par le roulis de la grosse femme malade.
Le cœur monte et descend au rythme de la houle.
Et sois patient, tu verras un matin le scintillement des gouttes de soleil sur une eau à peine troublée. La grosse femme malade t’ouvrira les bras dans une formidable amplitude. Tu sentiras un souffle léger au moment où tes paupières se rejoindront. Tu entendras battre ton cœur au milieu d’une flaque d’huile. Tu seras assommé de tant de beauté. Tu pleureras de l’eau de mer et tu en lècheras les gouttes. La boucle sera bouclée.

Peut-être.