dimanche 22 octobre 2017

Figures Essentielles

M'man?
Oui
Tu m'aimes? parce que moi je t'aime
...
M'man?
Oui
C'est quoi l'amour?
...
Pourquoi on s'aime?
Pourquoi tu m'aimes?
M'man?

Oui. Attends. Je te réponds dans un moment. Je regarde les Maisons-Espace et je cherche comment te répondre mon chéri.
Attends.
L'amour fils, c'est une chose bien étrange. On peut aimer bien des choses, bien des personnes, bien des endroits, bien des moments, bien des sensations. On peut aimer tout et son contraire. On peut aimer et en même temps ne pas aimer. Attends mon chéri, je me fonds dans un Espace de Lumière et je cherche comment te formuler la chose. L'amour n'a besoin de rien ni de personne pour exister à l'intérieur de toi. Tu es né avec. Je suis née avec. 
M'man?
Oui
J'ai deux amoureuses. Je les ai dessinées.

Oui. Attends. Je te réponds dans un moment. J'essuie la Goutte et je cherche comment te traduire cette Trace. Et puis non mon chéri, pas besoin de traduction. Il ne faut pas chercher le pourquoi. C'est le comment qui est intéressant. Tu sais, dans Pourquoi, il y a Quoi et il y a Pour. Le Pour n'est pas important. Le Quoi, en revanche....

M'man?
J'arrive
Tu aimes quoi?
Un instant

Les Gouttes. La stabilité. La terre. Le danger. L'air. Le feu. L'eau. Les jardins. L'odeur des cheveux de ta soeur. Tes yeux noirs. La voix chaude de ton père. L'odeur des gauloises. La douceur des joues poudrées de ma mère. L'odeur des cigares. Les nuages noirs étalés sur un ciel bleu nuit. La lune rouge. L'attente. Le monde qui m'habite. Le jardin touffu dans lequel je me cache de vous. La sincérité. Le sorbet au cassis. La douceur d'un regard. L'odeur des clémentines. Être seule. N'être pas seule. Le doute. Le bruit des chaussures à talons. La maladresse. L'habileté. La sensualité d'un geste. La gaucherie d'une attitude. Ce qui rassure. Ce qui fait peur. Ce qui excite. Ce qui apaise.

Moi j'aime les œufs à la coque.


Fils?
Oui
Tu as grandi
Oui


Tu as plusieurs amoureuses. Tu aimes être seul, et ne pas être seul. Tu te glisses au fond de l'Espace d'Eau toi qui en avais si peur. Ou peut-être grimpes-tu au sommet de la couronne d'un Arbre-Espace et y contemples-tu le monde de plus haut. Le souvenir des genoux de ton père. L'odeur du tabac à rouler et la voix de ta mère. Les confidences de ta mère. Les sourires de ta sœur. Le vent qui souffle fort. Les falaises. Les pieds nus sur le tatami. Les soupirs de tes amoureuses. L'attente. Le monde qui t'habite. La glace au chocolat. Être seul. Ne pas être seul. T'inventer des histoires. Avoir les pieds sur terre.

Fils?
Oui
Tu aimes toujours les œufs à la coque?



samedi 21 octobre 2017

Les nuits fauves et les grands soirs

La fenêtre est ouverte. Mon seul manteau sur le dos. Inscrire en une page fontaine pleine de ce que de toi je veux.

J'ai nettoyé l'espace de tout ce qui ressemble à un gamin, j'ai dégagé l'espace de tout ce merveilleux encombrement. Une urgence, sans doute. Et j'en ai beaucoup des urgences.

Je veux que tu soies tendre et brutal. Je veux écrire nue sur une chaise, comme une nuit pleine de chaleur de sommeil et de moustiques.
Je veux triompher de ma colère et consoler mon désespoir*. Je veux me délester pour quelques heures de mes années passées. Je veux m'enrouler autour de toi comme une liane et te faire chuter au sol. Je veux que tu me retiennes du bout des doigts alors que je m'envole. Je veux que ta langue abreuve mes lèvres asséchées par l'absence de tes baisers, tu te souviens?
Je veux que le désir de moi te brûles tellement que tu en aurais une formidable envie de pisser. Je veux aller au cinéma pour ne pas voir le film. Je veux parler jusqu'à ce que tu me ramènes. Je veux que tu plaques mon corps contre un mur et ta main entre mes jambes. Je veux que tu ne veuilles pas fermer les yeux. Je te veux comme un livre dont je reprendrais la lecture, inachevée. Je veux revenir sur ce passage là. Celui-là. Précisément. Oui. Je veux que tu me lises avec tout ton corps. Je veux que tu me lises avec ton foie, ta rate, ton cerveau, tes reins. Je veux te toucher. Je veux que tu me fouilles. Je veux qu'on aille danser  et lâcher ma part animale sous tes yeux. Emmène-moi, revoir une dernière fois...* Je veux m'élever du sol, soulevée dans la poussière et que tu me retiennes du bout des doigts avant que... Je veux te faire crier en silence. Je veux ouvrir la faille en toi. Je veux être sans peur et sans reproches. Je veux retrouver ton odeur qui feule sous tes vêtements. Je veux . Oui. Je veux. Encore. Je veux que tu me grimpes comme à un arbre et que tu te balances à mon corps. Je veux que tu traces un sillon de salive sur tout mon territoire. Je veux un temps suspendu dans le vide. Je veux que tu m'empoignes la nuque et tes dents dans les épaules. Je veux que tu m'emmènes danser dans le noir, et tes yeux agrippés à mon corps abandonné. Je veux me noyer de ma sueur et boire la tienne. Je veux. Je veux du plaisir et de la joie. Je veux la hargne. Je veux la peine. Je veux l'impact. Je veux un temps interrompu. Je veux qu'on se batte comme des chiens. Je veux qu'on s'aime doucement. Je veux voir nos larmes perler dans nos sourires. Je veux l'abandon.
Je veux que tu m'écartèles et que tu me rassembles.
Je veux un grand soir. Je veux une nuit fauve. Je veux un matin calme. Et que du bout des doigts...

Ce que de toi je veux.

*Tribute to Fauve

lundi 16 octobre 2017


"Le temps de faire les 500 mètres qui me séparent de chez moi et mes cheveux étaient secs. Au milieu d'octobre. Au sortir de lapiscine, le vent était léger et j'étais nue sous mes vêtements. Je me sens nue sous mes vêtements dès que je sors de l'eau. Dès que le vent est léger. Dès que je le vent m'apporte l'odeur de jasmin de mes cheveux en train de sécher. Dès que je pense à toi. " 
Je t'embrasse. 

Le coeur des hommes... La chatte des femmes

Que se passe-t-il? C'est quoi? C'est qui? C'est mes copines? C'est mes amoureux? C'est quoi ce merdier?

Alors être une femme c'est un aller simple pour l'agression? Alors mettre une robe, des talons c'est un aller simple direction Salope station? 
Parlez du cœur des gonzesses autant que vous voudrez, mais de leur chatte qui saigne, qui mouille, qui éjacule... 
Alors là je sèche
Ce n'est peut-être pas très approprié, si?
Que se passe-t-il? 
Et le ping-pong, le hastag balance ton porc versus balance ta truie
Mais ils vous ont fait quoi les porcs les gars? 
Ils sont à l'abattoir et attendent d'être saignés pour finir dans ton assiette gros! Et on les engraisse, on les bourre, tiens donc, ça t'interpelle?
Et  c'est quoi ce pouvoir des hommes sur le corps des femmes? Et c'est quoi cette impuissance sur son propre corps?  Et c'est quoi cette honte d'être une femme? Et ce sera quoi cette honte d'être un homme, d'avoir tatoué à l'invisible "Violeur" sur ton front, alors que si ça se trouve t'es un chic type?
Et c'est quoi cette honte d'avoir tatoué à l'invisible sur ton front "Bouffeuse de bite" alors que si ça se trouve je suis une grande romantique?
Je n'oublie pas qu'on a tondu des femmes sur la place publique. Je n'oublie pas qu'on coupe des chattes sans le consentement de leur propriétaire. Je n'oublie pas qu'on hésite à se saper en Jessica Rabbit parce que la soirée se finira tard et qu'on rentrera peut-être à pied. Je n'oublie pas qu'on enroule le tampon dans trois mille épaisseurs de papier, pour cacher le sang. 
Pauvre humanité.
Je n'oublie pas ce gars qui m'avait accroché la chatte dans le RER A blindé. Et que j'ai gueulé comme un putois en le traitant de tous les noms. Et le silence.
Je n'oublie pas les commentaires de femmes mal baisées qui accusent les autres de l'avoir bien mérité.
Alors je ne vais rien t'apprendre, mais les hommes n'ont pas que des papillons dans la bite et les femmes n'ont pas que des papillons dans le cœur. 
Mais c'est quoi ce merdier?
Ce sera quoi ce pouvoir des femmes sur le désir des hommes? 
Jusqu'où ira se cacher leur cœur? 
Certainement aussi loin que se cache le désir des femmes.
C'est quoi cette Humanité qui méprise le coeur des hommes au point de le leur faire confondre avec leur libido?
C'est quoi cette Humanité qui méprise la chatte des femmes au point de le leur faire confondre avec leur cœur?
C'est quoi cette putain de dissociation? C'est quoi? 
C'est qui? Mes copines? Moi?
C'est qui? Mes amoureux? 
Le désir ne fait pas mal. L'amour ne fait pas mal. 
L'abus. La possession. Le pouvoir. Le contrôle de l'autre. La déshumanisation.
Je n'oublie pas ce gars qui m'avait accroché la chatte dans le RER A blindé. 
Je n'oublie pas non plus celui qui l'a chopé au colbac et qui l'a flanqué hors du train.
Je vais t'apprendre un truc.
Les hommes ont un coeur. 
Les femmes ont une chatte.
Reste juste à apprendre à s'en servir.
T'inquiète mon fils.
T'inquiète ma fille.
Maman fera de son mieux.

jeudi 12 octobre 2017

Dans une semaine. Les murs peints, pleins de traces. Dans une semaine, je fais tourner les tables. Dans une semaine, je creuserai dans une mémoire enfouie, cachée, dont je n'ai aucun souvenir. Dans une semaine. 
Je me demande ce qui donne l'envie d'avancer, quand on est un être humain. Qu'est-ce qui se joue à l'intérieur d'un tout petit enfant et qui le pousse inexorablement à agir, à explorer, à mettre des choses dans sa bouche, à toucher tout du bout des doigts ou à pleines mains. Ça pique ou ça brule, c'est chaud humide rugueux acide doux glacé souriant menaçant... C'est la mort ou la vie? C'est quoi l'issue de ce chemin pour moi? C'est quoi qui me sauve ou me condamne? 
Qu'est-ce qui peu à peu constitue l'identité d'un individu? Et où se cache alors le petit animal qu'on était avant de devenir Henri, Françoise, André, Sébastien, Karine, Aurélien, Barbara, Julie, Tom, Joséphine, Abi? Que devient-il alors le petit animal? Qui se réveille en captant un parfum un jour, qui lui rappelle vaguement quelque chose et qui le transporte. Qui goûte un aliment inconnu et se rend compte qu'il le connaît déjà.
Dans une semaine, je fais tourner les tables. Cette jungle est accueillante et abrite un petit animal.

mercredi 11 octobre 2017

Avec vue sur la tour eiffel

Je me suis dit je suis vraiment bien ici. Ici et maintenant. La lumière était presque parfaite. Tu vois, on ne se refait pas. Quand bien même on le souhaiterait. Et il y a vraiment des musiques adaptées pour toutes les situations. Je marchais dans ce parc et les feuilles tombaient doucement. C'est curieux les écouteurs. Ça m'a mis dans un silence ouaté. Je murmurais les paroles d'American Woman. Et ma tête était comme sous l'eau. Je me disais je rajeunis. Je retrouve ce flottement. Qui me fait regarder la trajectoire d'un sac troué, suspendu entre bitume et azur, comme le linge aux fenêtres d'un ciel provençal. Sur le requiem, j'ai pensé à mes morts. Et j'ai revu le visage d de cire de mon Gabin à moi. Mon vieil oncle éparpillé sous son masque mortuaire. Et j'ai marché la lumière parfaite. Et en banlieue on a de ces vues magnifiques. Les tours il faut bien qu'elles aient au moins un truc pour elles. Et ce gamin sur son vélo. Deveundra Bahnart et il a ouvert les bras alors que le ciel se voilait subitement. Je suis bien ici je me suis dit. Je marche pieds nus sur l'herbe du parc d'où j'aperçois la tour eiffel et le château de Vincennes. Ici et maintenant. Je pense à toi. Je pense que je rajeunis. Et la lumière est plus que parfaite. 

lundi 9 octobre 2017

Les choses de la vie

La journée n'est pas finie. Je vais devoir expliquer à mon fils que Jean Rochefort est mort. Et puis non, je ne lui expliquerai rien. Si, c'est le cycle de la vie mon fils. Et ça rend triste, parfois la mort d'une personne qu'on ne connaît pas. Ce sentiment ne s'explique pas. C'est comme casser un verre auquel on tient. Perdre une chose qui a toujours été là, un meuble de famille dont on est obligé de se séparer. Il a toujours été là. Et puis un jour il n'est plus là. C'est comme la marque d'un tableau sur un mur. Il reste une trace.
Je vais devoir expliquer à mon fils que les tableaux accrochés au mur laissent toujours des traces. C'est bien ces traces. On ne devrait jamais repeindre par-dessus. On devrait en repeindre les bords en couleurs vives, afin qu'ils conservent leurs contours dans cette absence. Les sentiments sont comme ces traces plus colorées aux murs, ces empreintes laissées par les tableaux une fois qu'ils ont été décrochés.
La journée n'est pas finie. Je ne vais rien lui expliquer. On ira au parc. On goûtera, je regarderai son petit corps grimper, courir, sauter, se cogner, sa bouche au chocolat et ses genoux pleins de terre, ses yeux noirs, je regarderai la vie à l’œuvre dans son corps et je penserai que tous les vieux naissent enfants et se pètent la gueule sur la terre et grimpent aux arbres et dévalent les pentes en se tordant de rire et de peur. Puis ils grandissent, parfois ils portent la moustache, les voix se font graves, les sourires plus doux et plus tendres. Puis ils vieillissent, la peau change, les poils se font durs, les rides se forment, les joies sont plus profondes et intimes. On intériorise. Et puis un jour on a 87 ans. 
Je ne vais rien lui expliquer maintenant.
La journée n'est pas finie.