mercredi 18 novembre 2009

Coupe, vas-y

Au dehors, il y a tout ce qui se meut, s'émeut en un rien de temps, la joie, le bruit, les marteaux piqueurs, les ravalements de façade. L'autre sait pas comme tout ça est bon, elle vient de tailler dans la masse une mèche de ses cheveux et regarde désemparée la paire de ciseaux dans le lavabo. Elle sait pas comme tout ça est bon. Elle se dit qu'elle va pas pouvoir tout couper, trop la trouille, trop le carcan, un peu trop d'elle-même sans doute, elle n'y arrivera pas. Elle penche dangereusement vers le ratiboisement artisanal, vers la coupe aléatoire, une mèche, on tord, on coupe on recommence, une mèche, tords, coupe, recommence.
Mais putain, pourquoi? Pourquoi rejeter alors que le mouvement est d'attirer? Putain. Elle ne sait pas comme tout cela est bon. Ou plutôt, si. Elle le sait, elle ne le sait que trop bien. Elle a envie mais se sent impuissante, indigne, il y a toujours quelque chose qui cloche putain! Il y a toujours un rouage usé en elle qui grippe une machine qui devrait tourner nickel, dans l'huile ça devrait baigner, impeccable. Et putain, je m'en branle, la paire de ciseaux je la chope et je taille, je taille, pas beaucoup, un peu, juste un tout petit peu, pour me faire du bien, pour me délester du poids. Le fait que je ne sache pas comme tout ça est bon. Parce que je n'ai pas le temps d'y penser, tout simplement. Alors au moment où je m'arrête, je me sens comme une machine en panne, sans aucune utilité, sans aucun but, sans aucun regard. Je me sens comme une moissonneuse-batteuse abandonnée au plein milieu d'une plage... Le genre qu'est-ce que ça fout là? Le genre incongru qui s'en rend compte. Se rend compte que ses ciseaux sont émoussés. Et tout autour, c'est tout qui se meut, qui s'émeut en un rien de temps, la joie, le bruit, les marteaux piqueurs, les ravalements de façade. Et l'autre, la moissonneuse-batteuse, elle sait pas comme tout ça est bon. Ou peut-être bien que si. Finalement.

mardi 17 novembre 2009

Encore, en corps

Les cordes sont encore sensibles et tendues. Gonflées un peu, de tant de culot. Harassées de tout cet assaut qu'elles donnent, encore et encore au grand corps. En corps vibrent-elles à l'unisson. Et pianotant sur les touches comme une experte du répertoire en noir et blanc, je les vois qui résonnent au contact des petits marteaux de métal. Je les sens remonter, comme monte une envie, comme monte une marée, comme monte un désir. Les cordes sont encore plus douces au toucher que d'habitude. Gonflées un peu, de tant de salive déposée. Exténuées de toutes ces vibrations haletantes que le grand corps encore et encore leur joue.
L'évasion est impossible quand le corps est repu. Quand il n'y a plus que la joie, plus que la jouissance, le reste n'est plus qu'un grand blanc où vient résonner le chœur de mes cordes tendues et frémissantes. Il n'y a rien à remplir, rien à combler, rien à prouver, rien à justifier. Il n'y a qu'à s'agenouiller sur le grand corps, le laisser pincer les cordes. Entrer dans le grand blanc. S'enfoncer comme mes dents dans son épaule.
S'extraire du grand blanc n'est pas facile. N'est même pas ce que je souhaite. Mais, par jeu. Encore un peu de corps, encore. Un peu d'autres. Avant de retourner m'étendre sur son grand corps. Avant de replonger dans son cuir chevelu. Avant d'à nouveau enfoncer mes dents dans son épaule. Par jeu. Encore un peu de corps, encore.

samedi 31 octobre 2009

self made tatoo

Self made tatoo

Autoriser...
Le droit...
Un putain de tatouage
A grands coups de dents!
Yeah!
On se voit un peu trop...
Pas le droit
Pas à moi
Pas à lui...
S'appartenir
Non non non
Un self made tatoo.
Là d'accord
Une vague nausée puis
Un désir fracassant
Le mordre,
Le
Bouffer
Imprimer
A grands coups de dents
Je l'ai
Oblitéré
Le grand.
Et moi, je
continue de marcher.


Bien à l'aise dans mes bottes
My boots are made
for walking

vendredi 23 octobre 2009

Comme une envie de grand-père

Il suffit qu'un restaurant indien flambe dans le 20e arrondissement de Paris pour le monde intérieur s'écroule sur lui-même. Comme des coutures qui craquent. Des digues qui rompent. Et qui parlent d'une seule et même chose. L'impuissance. Le vide. Je ne sais pas pourquoi, j'avais l'homme au téléphone, je lui disais "alors pour moi ce sera un palaak paner et un cheese nan s'il vous plait", qu'il m'a coupé et m'a annoncé la destruction de ce restaurant, boulevard de charonne. Je ne sais pas non plus pourquoi, d'un coup, ce n'est plus l'image du restaurant que j'ai eu dans les yeux, mais celle de mon Il, qu'y pouvais-je, rien, alors d'un coup je me suis mise à pleurer. Et j'ai eu besoin de dire "j'aime pas me sentir fragile, j'aime pas". Ou encore "j'ai honte de l'avouer mais je me sens seule et j'ai pas envie". Et qu'il vienne. Qu'il m'emmène marcher. Que je puisse me cacher dans ses bras de grand. j'ai comme un goût amer d'enfance dans le fond de la gorge. Comme un peu mal partout. Comme une odeur de grand-père dans les narines.
Allons marcher oui, allons-y, j'ai besoin de m'asseoir sur un banc.

samedi 17 octobre 2009

Rhapsodie, dodécaphonie, aria, requiem ou toccata

J'avais une boite, une petite boite posée sur mes genoux. Une petite boite en bois, une petite manivelle sur le côté gauche. Et quand je la tournais, c'était comme si les rideaux se délavaient et partaient en flaque de gouache carmin sur le plancher qui gouttait vers l'étage inférieur, dilué, tout mélangé avec le vert de l'herbe du jardin, le sable du bac, l'eau grise et la vase. Et le ciel, le ciel, qui s'écoulait lentement.
Alors j'ouvrais cette petite boite, et tournant la petite manivelle, je voyais les petites pattes de métal soulevées par le cylindre hérissé de piquants, et ça faisait de la musique. Et ça délavait l'univers. Et les petites mains, devenues grandes, lâchèrent la petite boite, et la petite manivelle continua de tourner, les petites pattes d'être soulevées par le petit cylindre hérissé de piquants.
Et la musique continua de lâcher ses gouttes d'eau sur les couleurs de l'univers, comme une pluie sur un dessin de craie au sol. Les petites mains devenues grandes, se frottèrent l'une contre l'autre, à l'abri sous le manteau, dans les poches, dans les cheveux. Puis sentirent une goutte de couleur entre les doigts. Les petites mains devenues grandes se frottèrent l'une contre l'autre en un rendez-vous joyeusement poisseux de couleurs mélangées, passèrent dans les cheveux, sur le visage, sur le corps, partout et rendirent couleur aux cheveux, visage, corps.
J'avais trouvé une boite, une petite boite dans ma poche. Une petite boite en bois, une petite manivelle sur le côté droit. Et quand je l'ai tournée, du liquide coloré s'en est échappé. Une chatoyance sans nom a coulé sur mes mains et je m'en suis barbouillé les yeux.

vendredi 16 octobre 2009

Vanilla sky

C'était rentré. Dans le début de l'hiver, un peu pénible, un peu poussif comme toujours. Et, tout naturellement, et contre toute attente, la douceur. La douceur s'est faite soir, dans un grand poncho d'indien. Un pont-chaud. Le temps s'est interrompu deux secondes, s'est respiré sur un rythme coulé, comme plus près du sol, avec une belle inclinaison de la tête, comme invitant à lui embrasser la base du cou. A lui remonter les cheveux sur la nuque et laisser une empreinte de salive sur ses épaules. Le temps, allongé dans le poncho, qui s'en fout un peu de la buée qui sort des bouches, qui abaisse son cou vers le sol, En suspension, en apesanteur lente. En langue tirée, tendue vers le sol, pour le lécher, en sucer les brins les plus infimes, pour s'y râper les dents. En cheveux pendants, qu'on ramène derrière l'oreille afin d'y enfouir la bouche. En corps en vague, le buste du temps aplati au sol et le bassin relevé, les bras posés, en pliure, juste assez pour passer en dessous de lui. La langue comme une gousse de vanille qui se détend dans du sucre fondu.
C'était rentré. Un début d'hiver, avec un goût de sucre vanillé fondu sur la langue tendue vers le sol. Mesure de l'inspiration, un temps. Mesure de l'expiration, deux temps. Et un sol humide. Une flaque. Dans laquelle le ciel prendrait une teinte de vanille sucrée. Entre deux incisives, détacher la gousse de vanille. Et laisser fondre. Entrer dans l'hiver.