mercredi 19 septembre 2018

Abibatou, les origines de ma fille

Si j'étais ta mère, tu me briserais le cœur, parce que je ne pourrais faire autrement que de t'aimer et d'être horrifiée de cet amour, de ce vieil enfant aigri, bouffi d'orgueil et de fiel que tu es devenu mon tout petit, si j'étais ta mère, je t'aurais collé une gifle de tous les diables avant de m'écrouler en larmes devant l'énormité de mon geste et le gouffre qui désormais nous séparerait, si j'étais ta mère mon petit je porterais plainte contre mon propre fils, en t'assurant qu'il n'y a rien que je puisse faire d'autre pour te prouver qu'en dépit de l'amour que j'aurais pu te porter encore, il est des choses plus grandes que nous et ne le rabâches-tu pas à longueur d'antenne Fils, alors ne fais pas l'étonné je te prie si en jour, tu reprends le bâton en pleine face après une claque de ta mère, si j'étais ta mère, je te dirais que c'est à cause d'hommes comme toi que d'autres en viennent à massacrer, à honnir, à cracher sur eux-mêmes, à brûler et à maltraiter, si j'étais ta mère, je chercherais en moi d'où peut bien te venir, Fils, cette abjection, et je me cacherais pour n'avoir pas été à la hauteur de ma tâche, la vie d'un être humain digne et respectueux, si j'étais ta mère, je brulerais ma télé, ma radio et tremperais les pages de tes livres pour en faire de la pâte à papier, et j'irai dans les écoles avec des feuilles toutes propres, vierges de toi et des cauchemars que tu colportes comme une malédiction, et je dirais aux gosses de recouvrir ces feuilles avec toutes les couleurs qui les émerveillent, je ne leur dirais pas d'où proviennent ces pages recyclées,mais en moi je saurais que d'autres pensées te recouvrent et que des pensées d'enfant peuvent à elles seules réparer le cœur d'une mère dont le fils  a sombré dans l'abomination, si j'étais ta mère, Fils, tu me trouverais sur ta route, contre toi, malgré moi, parce que certaines choses sont plus grandes que nous et que je ne pourrais supporter tant de bassesse de ta part.

Je ne suis heureusement pas ta mère, ma fille s'appelle Abi, son nom lui a été donné en souvenir d'une élève de son père, nommée Abibatou. 
Pourquoi ce choix lui ai-je demandé, c'était la jeune fille la plus douce et la plus gentille que j'aie rencontré, m'a-t-il répondu.

 

Laisser glisser, Dialogue in

Laisse filer
Tu ne crois pas si bien dire
Lâche la corde,
Sinon elle risque de
M'entailler les mains

Laisse glisser
Le long de la ligne
Iriser l'eau calme
Ça glisse tout seul

Laisse courir
Un peu d'air
Dans les feuilles

Laisse vivre
L'indépendance
Comment?

Tu sais bien

Lâche du lest
Pour que ça remonte 
Les montgolfières s'envolent à partir du moment où tu
Largues les amarres,
Où tu donnes
Du mou
Mais moi j'ai
Peur?
Voilà


Laisse pisser
Toute braguette ouverte
Joyeusement sur les herbes hautes
La tête dans les étoiles
Et les pieds dans le sable

Laisse dire
Pas tes oignons
Voyager
Léger 


Laisse souffler
Prendre le risque
De me faire
Oublier


Laisse couler
Et vogue, Ô mon bateau
Emporte moi, et laisse moi
Rêver encore
Un peu

dimanche 16 septembre 2018

Entre humains

Putain ces yeux rouges! Attends mais t'as une veine éclatée dans l’œil droit?! 
Non chérie t'affole pas, juste un petit capillaire qui n'aura pas survécu à cette journée entre humains, ces belles journées de soleil et de monde, tant que tu as du mal à te frayer un chemin et que tu vois les petites jeunettes de 17, 18 ans qui se tiennent la main en file indienne pour ne pas se perde, elles font pareil en manif, moi aussi d'ailleurs, parfois les manifs ça craint, mais là, rien du tout, dans les capillaires éclatés, tu trouveras un groupe de nudistes, deux saules pleureurs, des coupes de champagne, une histoire de LSD et d'exta, des couples qui ne s'aiment plus, des gens qui s'aiment, une paire de tee-shirts ("si je suis perdu ramenez-moi à Marie"et son omega "je suis Marie"), tu trouveras aussi beaucoup de douceur et de joie, on était bien là, dans la joie brutale et imbécile de se trouver parmi les siens, ses amis, ses copines, et la joie d'être à quatre pour entourer le seul mec de notre bande du jour, ça augmente d'une gonzesse par an, un jour on tiendra plus sur une table de 20, mais là ce soir, c'était vraiment le club des cinq, le truc parfait, les yeux brillants, les fous rires aux larmes, les corps en mouvement dans le noir de la grande scène, qu'importe le flacon l'ivresse était insouciante, la danse était là, on était bien là, sur le chemin du retour, avec les lumières de la rue et la température qui fraichissait. 
Les yeux qui piquent et les doigts jaunes de nicotine, les voix un peu plus rapeuses qu'à l'accoutumée en sont le témoignage, les vestiges d'un temps vécu, tranquille, entre humains. On était bien là.


vendredi 14 septembre 2018

La maïeutique des grues

Curieux mélange ce matin, des bruits de ville, voitures, flicaille, mobylettes en roue arrière, grillons (!!). Et par-dessus tout, la grue...
Par petits coups de sonnette et de messages interposés, taper la discute autour d'une guérisseuse et faire ce que je sais faire le mieux, sous la ronde de la grue, permettre à l'âme de se faufiler dans les conduits étroits de sa route, parfois ça coince aux entournures, ça rame un peu  rien de très méchant, tant que les oiseaux crient "ça ira !" autour de la grue...
Pendant ce temps, j'accouche les âmes. Maïeutique des grues.

jeudi 13 septembre 2018

L'exil a un goût d'olive noire

A cheval entre deux mondes, j'ai encore ton goût dans ma bouche, 
Ô mon Algérie, 
Et au pas c'est magnifique, le paysage défile doucement, au fond de tes yeux noirs comme des olives tombées au pied de l'arbre, ton regard doux s'allume et j'ai encore ton goût dans ta bouche, 
Ô ma Méditerranée, 
A mesure que le rythme s'accélère, au milieu des injures et des regards vides et pourtant hostiles, ce goût ne quitte pas non plus ma bouche, 
Ô ma France, 
Parfois tu es immonde, mais les yeux couleur d'olive noire passent et savent s'arrêter sur les fleurs qui poussent au milieu des gravats, saisir des graminées en suspension, à cheval entre deux mondes, et sans doute bien plus, il est vaste ce pays qu'on appelle la vie et à marcher avec le cheval, on en savoure toutes les aspérités, comme on jouerait avec un noyau d'olive avant de le planter quelque part, de l'enfouir dans le sable des déserts, sous les épines de pins, dans la lande ou au creux de la montagne. 

A cheval entre deux mondes, il n'est pas toujours indispensable de faire un choix pour garder encore un peu ton goût dans ma bouche, 
Ô nos pays, 
Et la beauté triste des yeux noirs de l'exil, aussi triste et belle que les centaines d'olives tombées de l'arbre, réside dans ce pont entre leurs deux rives, il serait temps de goûter à ce noyau, indice incontestable de l'étendue de ce pays qu'on appelle la vie...
It's now or never

mercredi 12 septembre 2018

Le Bal Perdu

Plus je fais la révolution, et plus j'ai envie de faire l'amour
C’était tout juste avant la guerre, parce qu'inévitablement, il y en aura eu une, ce monde n'est pas prêt pour la paix et les gestes émus, les yeux au fond des yeux. Ils étaient beaux oui jeunes aussi et ça n'a pas d'importance, vivants et révoltés, ils auraient pu être plus âgés, plus expérimentés, comme ces deux autres que la patronne avait couvé toute la soirée d'un œil de conspirateur, s'imaginant sans doute que, quand le désir frappe à ta porte, surtout tu ouvres, par les temps qui courent c'est pas si fréquent et ça mérite le coup d’œil, le coup de cœur,le coup de queue. Bref. 
Et ce bar, le Bal Perdu, s'était bel et bien perdu pour sûr, avec son écran géant prévu pour admirer ceux qui ne perdent pas la balle, grassement payés qu'ils sont pour le faire et sa musique trop venue d'ici alors qu'avant qu'il ne se perde, le Bal Perdu te diffusait de la musique faite pour la danse et le voyage immobile, sur les grands tabourets, en écoutant le barman raconter les histoires de ces musiciens cubains pendant la révolution, une vraie musique pour faire l'amour ou chanter la révolte. Et les deux petits amoureux, reflet éblouissant du couple convoité par la patronne en d'autres lieux et autres temps, ces deux amoureux qui ne regardaient rien autour d'eux, s'abîmant dans la contemplation de l'autre, ces deux là se remémoraient la marche, les lacrymos et les matraques, la tête baissée et la voix assourdie, de vrais conspirateurs car désormais il ne vaut rien de parler de révolte et d'actions éclair menées masque au visage, capuche sur les cheveux et même pas de sac à dos, pour être plus léger, la violence est nécessaire mais leur pesait quand même, comme à tous les autres, parce qu'ils étaient amoureux et auraient préféré consacrer leurs après-midis, leurs heures nocturnes et leurs levers de soleil à l'amour, à l'amour enflammé, au lieu des cocktails Molotov, ils le savaient, on peut faire l'amour partout, au fond du bar Perdu, dans les bois de Walden, parmi les gravats, au pied de la désolation comme sur une plage balayée par les vents, ils souriaient, ils évitaient la pensée que toujours et à chaque instant désormais, c'était tout juste avant la guerre, ils feraient la guerre au lieu d'uniquement en parler, et plus ils feraient la guerre, plus ils auraient envie de faire l'amour, alors, pour s'encourager, ils faisaient l'amour, partout, tout le temps, avec tant d’insouciance dans leurs gestes émus, l'autre couple, autres temps, autres lieux, les yeux au fond des yeux, se laissait le temps et c'était bien, ils ne regardaient rien autour d'eux, savourant la douce température, mais le ton monte désormais et le soir tombe sur les gravats.
Ils sont partis -il y avait tant de lumière avec eux dans la rue- pour faire l'amour, avant que peut-être ne les touche une balle perdue.
Plus je fais l'amour, et plus j'ai envie de faire la révolution.

lundi 10 septembre 2018

Dur comme faire, Dialogue in

Faire,
défaire, 
parfaire,
refaire, 
se passer un coup de fer,
passer sa vie à s'en-fer, 
entre tout ce qu'il faut
faire, 
et j'ai pas que ça à faire,
tu me prêtes tes 
affaires?
ou tu n'en as que 
faire...

J'emplis mon cahier et j'ai plus de place, alors j'écris à partout, en travers, la tête à l'envers, le nez avec ses vers tirés, c'est pas une mince affaire que de se prendre un chemin de travers et pour que ça soit pas l'enfer dans mon décor, absorber un peur d'air ou boire un verre, c'est fragile comme ligne, fragile comme un vers, les pieds bien ancrés par terre, et le cœur nu, à vif la chair, et les mots faits de fer, qui tombent lourds, autant que les pierres et rebondissent et s'envoient, finalement, en l'air.

La belle affaire.