vendredi 22 janvier 2021

Salpêtre, Dialogue in

 Parfois t'es là. 

Parfois pas

Je dis de plus en plus de gros mots. 

Devant mes enfants. 

Je me fissure. 

J'ai l'insulte facile. 

L'invective qui fuse. 

Ça m'énerve ça.

Et puis toi t'es nulle part. 

T'as nulle part. 

Dans ma fébrilité. 

Ça m'énerve ça. 

Je m'effrite. 

Devant mes enfants. 

Bordel. 

Comme un mur bouffé de salpêtre. 

Et toi t'es où. 

Fais chier. 

Parfois t'es là tout le temps. 

Parfois jamais. 

Je remplis mes creux. 

Bouffe et gros mots. 

Heureusement que je sais choisir. 

L'une comme les autres. 

Putain. 

Je m'écaille. 

Devant mes enfants. 

Parfois. 

Et toi t'es où ? 




mardi 12 janvier 2021

Mais la vie est

Si la vie était, mais la vie est, aussi pleine qu'un édredon en plumes, probablement qu'on serait ensevelis sous le duvet. La vie serait, mais la vie est, légère et chaude et parfois lourde et encombrante, probablement qu'on ne saurait pas tous les jours quoi en faire. 

Probablement qu'on aurait envie parfois de se taper dessus avec, le genre bataille d'oreillers, avec un début timide et modeste, à peine un geste esquissé derrière un sourire qui en dit long, la vie alors serait, mais la vie est, comme les prémices d'une vaste blague, qui tabasse sans faire mal, qui rigole comme une perdue, qui ne connaît des larmes que celles du rire, quand le jeu prend son essor et les gestes leur puissance et que l'édredon atterrit n'importe où, n'importe comment et on s'en foutrait royalement, la vie ne serait, mais la vie n'est, qu'un moment suspendu derrière un autre moment, qu'un moment joyeux et brutal et débridé où il ne serait pas question de s'arrêter, à moins de ne plus pouvoir respirer, ou que l'édredon ait crevé et charrié son quota de plumes dans l'air, n'ait repeint les murs de la vie en une infinité de nuances de blanc.

Si la vie était, mais la vie est, aussi pleine qu'un édredon en plumes, probablement qu'elle serait un réconfort quand les étoiles s'éteignent. La vie serait, mais la vie est, une grotte au sol dur et aux murs tendres, probablement qu'on ne saurait pas tous les jours quoi y faire.

Probablement qu'on aurait envie de s'enfoncer dans ses renflements, de s'y enfouir, avec une faim insatiable, la faim des enfants, la faim qui supplie d'être rassurée, qui supplie d'être touchée et entourée, comme les prémices d'un vaste chagrin, qui fait mal sans tabasser, qui pleure comme une perdue, qui ne connaît de limites que celles de l'édredon quand il s'imbibe d'eau salée, n'importe comment, n'importe quand et on s'en foutrait royalement, la vie ne serait, mais la vie n'est, qu'un moment suspendu derrière un autre moment, qu'un moment désespéré et brutal et débridé où il ne serait pas question de s'arrêter, à moins de ne plus pouvoir respirer ou que l'édredon n'ait crevé d'avoir absorbé tant de larmes et tant de secrets, n'ait charrié son quota de plumes sur le sol, n'ait retapissé les planches de la vie en une infinité de nuances de blanc.

Si la vie était, mais la vie est, aussi pleine qu'un édredon en plumes. Probablement.

 





samedi 9 janvier 2021

Des questions, toujours, Dialogue in

Tu m'aimes toujours ?

Tu m'as oubliée ? 

Tu penses toujours à moi ? 

Tu penses parfois à toi ? 

Tu penses à quoi ? 

Tu m'entends toujours ? 

Tu tournes toujours ta tête vers le ciel ? 

Tu espères toujours un monde meilleur ? 

Tu campes toujours sous les arbres ? 

Tu penses parfois à toi ? 

Tu manges toujours debout ? 

Tu penses à quoi ? 

Tu marches toujours pieds-nus ? 

Tu te souviens de moi ? 

Tu mets toujours pas de sucre ? 

Tu as froid ? 

Tu as toujours du mal à dormir ? 

Tu campes toujours sur tes positions ? 

Tu m'aimes toujours ? 

Tu penses à quoi ? 

Tu penches toujours ta tête vers le sol ? 

Tu fermes toujours les yeux quand tu jouis ? 

Tu penses toujours à moi ? 

Tu contractes toujours tes mâchoires ? 

Tu penses parfois à toi ? 

Tu trembles toujours quand tu jouis ? 

Tu laisses toujours ouvertes portes et chemises ? 

Tu penses à quoi ? 

Tu m'aimes toujours ? 

Tu te poses jamais de questions ? 






La route

 J'aurais essayé de conduire un peu moins droit, la route la nuit est hypnotique et dangereuse, fourbe de sommeil et d'éclats aveuglants, ses lumières torves aussitôt avalées dans le dos, aussitôt perdues, aussitôt oubliées, remisées dans un fond de route noirci.

J'aurais essayé de rouler un peu moins vite, la route la nuit est amoureuse et vagabonde, lourde du poids des heures passées à engranger des kilomètres, légère de toutes les pensées qui s'effeuillent, kilomètre après kilomètre, toutes les pensées qui s'échappent par l'ouverture de la fenêtre, toutes les pensées qui volent comme des cendres de cigarette, incandescentes, au ras de la route.

J'aurais essayé de conduire un peu moins fatiguée, la route la nuit est suintante et raide, à la fois froide et brûlante des vapeurs que les véhicules lui ont laissé en surface, visqueuse des tâches qui s'incrustent dans le derme asphalté de la terre, sifflant sa mélopée grinçante entre les arbres qui défilent de chaque côté.

J'aurais essayé de rouler un peu moins souple, la route la nuit a des accents aigus, des angles aussi, un caractère d'épingle à mesure des kilomètres enfilés les uns à la suite des autres, comme un vaste écheveau qui peut ne jamais se terminer, ou qui revient inexorablement sur ses pas, la terre est ronde.

J'aurais essayé de conduire un peu moins absente, la route la nuit est précieuse et un peu pute, enveloppée de musique, de sons de voyage ou du bruit vide des kilomètres avalés, vautrée dans la langueur du temps qui s'égrene par à coups, ligne blanche, ligne blanche, ligne blanche, deux lignes entre chaque voiture, délire d'un rail de coke en pointillés.

Cette route. 

Cette nuit. 

Cette pute précieuse, anguleuse, aiguë, suintante, raide, vagabonde, amoureuse, dangereuse, hypnotique.

J'aurais essayé de rouler jusqu'au bout de la route la nuit.

Massimo Margagnoni (Italian, b. 1977, Nettuno, Rome, Italy) - The way how life, 2011


mardi 5 janvier 2021

Jusqu'au sang, jusqu'au bois, Dialogue in

 Tout va bien

Fallu tirer fort 

Tout va bien

Arracher des profondeurs

Gratter au sang

Parce qu'il y a vide, c'est pour ça 

Tout va bien 

Le vent, trop de vent 

À la place 

Pouls profond

Faut aller le chercher loin, ça veut dire 

Tout va bien

Fallu gratter la table 

Jusqu'au bois

Chausser les grolles 

Et les lunettes de soleil 

Parce que j'étais plus habituée aux couleurs 

C'est pour ça 

Tout va bien 

Fallu retrouver la clé 

Et le chemin 

Mais les mains ne perdent pas leurs gestes

À peine des petits points de rouille 

Tout va bien 

Je suis revenue, ça veut dire 










lundi 4 janvier 2021

Obsolescence

 J'ai encore un écouteur de niqué, c'est toujours sur la même oreille, je comprends pas, ça me fait chier cette hémiplégie auditive, j'arrive pas à bien penser quand j'ai pas mes deux oreilles synchrones, je sais pas comment ils faisaient avant la stéréo, voilà, je viens de réaliser que je suis une nana née avec la stéréo, mais ce soir, je m'installe, et un écouteur niqué, comme si j'avais perdu un truc heureusement c'est la droite et pas la gauche, je sais pas pourquoi je préfère, j'en ai marre de l'obsolescence, j'en ai marre des péremptions, j'en ai marre des trucs à jeter, j'en ai marre j'en ai marre, j'aimerais pouvoir réparer, mais de un je sais pas faire et de deux ces petits bidules sont tellement mal fichus qu'ils sont irréparables, y'a combien de bidules comme ça qui se réparent pas, y'a combien de trucs mal fichus, y'a combien de trucs, y'a même des gens qui se réparent pas, y'a même des gens qui se niquent l'énergie aussi vite qu'une paire d'écouteurs à la con, qui se périment vitesse grand V et hop, terminé, j'exagère mais bon, tu vois ce que je veux dire, elle est où elle est où elle est où, elle est dans le trou, elle a tenu longtemps, c'était une nana née avant le mono si ça se trouve, elle est où elle est où elle est où, j'en sais rien, elle n'est plus là c'est tout, elle s'est niqué un peu plus qu'un écouteur et puis c'était terminé, je viens de réaliser qu'à cause d'une hémiplégie auditive, je pense à mes morts, dans le son mort de mon oreille droite, j'ai des fantômes qui se sont faufilés, putain, je vais tâcher de me tenir droite, ah non, à droite c'est niqué, gauche alors, gauche oui comme la paupière qui saute quand je suis fatiguée, quand je suis émue, tout à gauche en couilles part, j'avais écrit, je me souviens, tout à droite branle dans le manche, tout à gauche en couilles part, y'a l'obsolescence qui me nargue du bout de ce putain de câble d'écouteurs et mes morts qui s'interstissent dans ma respiration, celle que j'entends à droite, vous auriez pas pu me laisser tranquille avec #Fauve et l'érotisme des images qu'ils me procurent, non vous pouviez pas, alors c'est #Fauve et mes morts qui fricotent ensemble avec les images érotiques et celles des cortèges, je viens pas de réaliser, je le savais déjà, que je suis une nana bizarre, partie écrire un truc, et bifurquant sur un autre, pas très à suivre ce que je m'étais fixée, pas très fiable sur certains trucs, bon, j'ai quand même trouvé le moyen de tortiller le bidule jusqu’à ce que le son éclate en stéréo, je suis ça, une nana stéréo, tout à droite branle dans le manche, tout à gauche en couilles part. 

Abandoned Places, Chernobyl, Travel Tramp


vendredi 1 janvier 2021

On va, on va, Dialogue in

 On va dire

On va rien dire

On aurait pu

Rien du tout

On va rien dire

De ce qu'on aurait pu dire

On va, on va

On va rien

On va, on va

Oui

Non

Peut-être

Au pire, on meurt

Au pire

On va, on va

On va rien dire

On va pas s'attacher

On s'aime, c'est pas pareil

On va pas s'envoler

On est enracinés, vu que

On va, on va

Rien du tout

On va dire

Et puis on fera ce qu'on a dit

Au pire, on meurt

On va pas dire

On va le penser quand même

Comme une tradition

Comme un flambeau qu'on se passe demain en mains

On va dire

Et puis on va faire

Déjà

On va pas penser

On va dire quand même

On va danser 

On va dire

On va, on va

Au pire, on meurt